Ulysse et les femmes

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  • Publié le : 18 septembre 2010
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W ou le souvenir d’enfance

Georges Perec (1936-1982) 

Né de parents juifs polonais, Perec perd son père au front en 1940 et sa mère, déportée en 1943. Il est élevé par sa tante. Il prend très tôt goût aux jeux de langage et écrit en 1960 la disparition, sans utiliser une seule fois la lettre e (W est dédié pour E, pour eux, les oubliés des camps). La vie mode d’emploi reste son chef d’œuvremajeur par sa construction. W ou le souvenir d’enfance est écrit en 1975, basé sur un récit qu’il aurait écrit à 14 ans.

Pistes d’analyse :

( « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance »

Paradoxal pour une autobiographie. La définition du « je » dans la narration est difficile ; paradoxal donc aussi qu’une autobiographie est en général une affirmation d’identité, alors que W semble être plusune quête initiatique.

( Flou identitaire : perte du nom propre et usurpation

Le narrateur de l’histoire ne se nomme que au chapitre VI (début conventionnel d’une autobiographie), le héros de la fiction n’est jamais nommé et on ne découvre son identité usurpée qu’au chapitre V.
Le doute identitaire et un aveu partiel apparaissent déjà avec le 1er Gaspard. « Vous êtes gaspard Winckler ? »« Euh…oui ».
Tout le monde semble usurper l’identité des autres. Ainsi ne sait-on pas qui narre l’histoire, existe-t-il 2 Gaspard Winckler, le « vrai » et l’usurpateur (dont on ne saura jamais le nom », 2 narrateurs sinon 3, le Perec-écrivain qui se veut objectif, le Perec adulte qui écrit pour se chercher, et le Perec enfant. Il y a aussi usurpation quelque part entre ces trois et avec cetterevendication de ne pas avoir de souvenirs d’enfance. Ainsi Perec n’es-il pas sûr d’être juif en regardant son nom, il cherche désespérément des réponses dans l’origine de son nom. Il s’agit donc d’une véritable quête identitaire par l’écriture.
L’instabilité du nom est illustrée par les bouleversements de Lubartow (ville russe, polonais puis russe à nouveau), l’identité juive dissimulée sous le nom dePerec, les fautes de transcription du noms de sa mère (signe du décalage entre deux cultures), et toute cette recherche sur le nom de Perec.
L’instabilité et les fluctuations du nom sont compensées par un ancrage spatial du récit, avec de nombreuses indications géographiques très précises. Perec éprouve « une sérénité secrète liée à l’ancrage dans l’espace, à l’encrage sur la croix (X, les 4parties de W), de cette mort qui cessait d’être abstraite.
L’importance du nom est mise en relief par ce qui se passe sur W. Les sportifs, privés de nom sont déshumanisés, affublés de sobriquets sont humiliés. Le nom propre et son explication forment un point d’ancrage stable ; Perec a dans sa famille un modèle à suivre, son ancêtre écrivain yiddish polonais.

( La partie de cache-cache

L’enfanttraumatisé a d’abord réagi par un refoulement « plus tard j’oubliai ». C’est le Perec adulte qui cherche à retisser ses liens à l’enfance. L’écriture marque la fin du refoulement : il s’agit de se libérer, de sauter sans soutien, de rompre les fils épars avec le passé.

( Les personnages sont passifs

Gaspard Winckler écoute seulement Otto lui expliquer la situation ; Perec ne semble être quele témoin des évènements.

( Silence et secret

La tâche d’écriture de Perec est nécessaire aussi dans la transcription de l’indicible. Le silence domine dans le récit, alors que l’écriture est une prise de parole contre l’oubli et pour dévoiler le secret. Il s’agit de dévoiler ce qui longtemps a été ignoré ou caché.
La neutralité du ton que Perec a adopté est liée à un motif de blancheur,qui est aussi en rapport avec le secret et l’indicible. « La blanche rêverie d’Ismaël », « je sais que ce que je dis est blanc, est neutre », le « grand silence blanc » et la neige ou glace à Villars. Cette blancheur est à la fois l’idée de néant (perte, absence), opaque (rien ne peut s’y écrire, l’encre n’y pénètre pas) et le silence blanc montre l’impuissance de l’écriture face au vide, au...
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