Un monde sans frontière ?

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  • Publié le : 24 mars 2011
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Un monde sans frontière ?
Pour beaucoup, l’idée de “frontière” évoque spontanément celle, négative, de “limite”. Les frontières seraient, par définition pourrait-on dire, ce qu’il faut abolir. On oublie souvent alors de préciser de quelles frontières il s’agit : géographiques, politiques, culturelles, … ? Mais cet oubli n’est pas gênant si, comme le pensent certains, toutes les frontièresdoivent être abolies. Derrière ce généreux principe, on devine aisément le projet — certains diraient l’utopie — d’une humanité “unifiée”. Ce projet lui-même repose sur l’idée, difficilement contestable en elle-même, selon laquelle ce sont toujours les différences culturelles, religieuses, nationales, régionales, et autres, dont les frontières ne sont que les symboles, qui sont à l’origine desconflits entre les hommes. Les frontières, quelles que soient leurs natures, alimenteraient donc les guerres et les racismes en tous genres. La légitimité du dessein d’un monde humain sans frontière ne poserait dès lors plus de difficulté.
Mais ne nous y trompons pas : si la République universelle — pour lui donner l’un de ses noms les plus usités — est, sinon théoriquement impossible, du moinsconcrètement difficile à envisager dans un délai quelconque, ce n’est pas seulement parce que sa réalisation se heurte à des obstacles structurels, par exemple politiques ; c'est aussi parce que son bien-fondé ne fait pas lui-même l’unanimité. On peut en effet penser que l’institution d’un État mondial, même si elle était réalisée de fait, ne supprimerait pas les frontières les plus inébranlables :celles qui sont présentes dans les esprits des hommes. En outre, certains — les plus “réactionnaires” peut-être — estimeront que si les frontières peuvent effectivement être considérées comme les causes principales des conflits humains, elles ont en revanche l’avantage d’assurer à chaque communauté, politique, religieuse ou autre, son identité. Autrement dit, à l’idée d’une humanité sans frontière, onpeut objecter celle du droit à la différence. Qui décidera laquelle de ces deux idées doit correspondre à l’idéal de l’homme ? Avant d’en décider, sans doute est-il plus prudent d’examiner concrètement des exemples particuliers se réclamant, sous des visages divers, du projet d’un monde sans frontière.
Ce sont quelques étapes marquantes de l’histoire de ce projet, mais aussi son réalisme quenous essaierons, même si ce n’est que succinctement, d’étudier ici.
 
Historiquement, l’idée d’un monde humain sans frontière prit d’abord la forme de ce que l’on pourrait appeler, au sens large, l’impérialisme, dont l’équivalent “moderne” fut le colonialisme. Nous disons au sens large, c’est-à-dire pas seulement au sens politique. L’Empire romain est ainsi le symbole archétypal de la logiqueimpérialiste, autrement dit la logique de la conquête, mais l’unification religieuse obéit parfois à la même logique : il s’agit dans les deux cas d’imposer aux “étrangers” un mode de vie qui n’est pas le leur — même si cette contrainte repose parfois, théoriquement, sur de bonnes intentions, comme lorsqu’il s’agit d’éviter aux “sauvages” les flammes de l’Enfer…
On voit très rapidement leslimites de cette conception de l’unification de l’humanité : « Le modèle de l’être humain, c’est moi. » Cet “égocentrisme”, qu’il soit politique ou religieux, ne peut dès lors déboucher que sur la violence, comme l’histoire le montre abondamment. On peut donc dire que, si la guerre n’est évidemment pas l’objectif de l’impérialisme, elle n’en est pas moins la conséquence nécessaire et, plus encore,l’indispensable auxiliaire. On doit également remarquer que, lorsque je suis dans cette optique, le monde sans frontière qu’il s’agit d’instaurer est en fait la conséquence du refus des frontières de mon monde, ces frontières représentant l’insupportable preuve de ma finitude et, par là, de mon imperfection.
 
Il en va tout autrement d’une autre conception de ce qu’on pourrait appeler...