Un roman doit il faire oublier au lecteur que ses personnages sont fictifs?

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1295 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 juin 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Un roman doit-il faire oublier au lecteur que ses personnages sont fictifs ?

Stendhal disait que le roman était un « miroir que l’on promenait le long du chemin ». Par la métaphore du miroir, il montrait la dimension réaliste principale, selon lui, dans le roman. Cependant, Stendhal à aussi été le premier à ponctuer ses romans d’intrusions d’auteur afin de se moquer de ses personnages etd’anéantire l’illusion du réel. Par conséquent, on peut se demander si, « un roman doit chercher à faire oublier au lecteur que ses personnages sont fictifs ». Le romancier se doit-il donc de créer à tout prix des effets du réel afin que le lecteur soit transporté dans un univers fictionnel ou au contraire est-il plus judicieux pour lui de briser cette illusion afin de rappeler sans cesse que le lecteurn’est confronté qu’à des hommes de papier, des conventions littéraires ? Nous verrons tout d’abord qu’il peut être important pour le romancier de donner l’illusion du réel par sa création des personnages réalistes puis nous observerons qu’un roman peut aussi gagner à détruire l’illusion réaliste en construisant des personnages dont la dimension fictive est clairement revendiquée.
Lorsqu’il créeson personnage, le romancier doit chercher à lui donner une dimension réaliste pour que le lecteur puisse croire à l’existence de celui-ci.
Pour parvenir à faire oublier au lecteur qu’un personnage est fictif, un romancier dispose de nombreux moyens. Tout d’abord, il peut, par exemple, fonder sa fiction sur la présence de personnages historiques. Ainsi Alexandre Dumas dans La reine Margot faitrevivre Henri de Navarre, Marie de Médicis ou encore Marguerite de Valois : le lecteur est alors immédiatement disposé à oublier la dimension fictionnelle du personnage et croit avec naïveté à la sincérité de tous les propos raconter. Les romanciers naturalistes ont choisi une autre voie : ayant pour ambition de peindre sans artifices le réel, ils placent et construisent des protagonistes placéssous le signe de la médiocrité. Zola dans La Curée, fait de Maxime le fils de Saccard, un adolescent lâche, pervers et sans-gêne. A la fin du roman, alors qu’il à consommé l’inceste avec Renée, il se range du côté de Saccard et abandonne sa belle-mère à l’accusation maritale. Loin du héros conventionnel, Maxime apparaît au lecteur comme un homme digne d’exister dans la vie réelle. Ainsi le caractèrefictionnel du personnage est effacé pour renforcer sa crédibilité.
Si le romancier se doit de créer l’illusion de réel, c’est parce que le lecteur attend de sympathiser avec le personnage, c’est-à-dire de sentir avec lui, de communiquer avec lui. Pour cela, le romancier le romancier se doit de faire oublier au lecteur que le personnage est fictif. Ainsi, il va le doter d’une identité précise,le déterminer afin de lui donner une consistance. Dans Les Âmes grises de Philippe Claudel, le romancier nous livre, au début du texte, de très nombreuses informations sur le personnage principal. Pierre-Ange Destinat est défini par un nom complet, situé dans le temps « 1917 » et dans l’espace « habite à V. », doté d’un métier « procureur ». Par conséquent, le personnage, loin d’être uneabstraction, est pourvu d’une épaisseur tout d’abord social. De plus le personnage romanesque est muni, le plus souvent, d’une personnalité et de sentiments, qui lui offrent une épaisseur existentielle.
Si le romancier doit chercher à faire oublier au lecteur que ses personnages sont fictifs, c’est enfin pour que le message, la portée morale de son texte soient plus activement reçus. Pensons à Laclosdans Les liaisons dangereuses. Tout est fait pour que nous croyions à l’existence des protagonistes Merteuil est dotée d’une histoire (jeune fille éduquée de manière sévère et austère), Valmont de sentiments ambigus (amour/mépris pour Tourvel), Tourvel d’une conscience qui la trouble. Ainsi, ancrés dans l’univers galant du CVIIIè siècle et dotés d’une « parlure » propre, les personnages...
tracking img