Un vie

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  • Publié le : 31 mai 2010
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Maupassant UNE VIE (éditions GF)

Texte :

Page 59-60 : Jeanne regardait… Et elle se mit à rêver d’amour

Jeanne regardait au loin la longue surface moirée des flots qui semblaient dormir sous les étoiles.
Dans cet apaisement du soleil absent, toutes les senteurs de la terre se répandaient. Un jasmin grimpé autour des fenêtres d'en bas exhalait continuellement son haleine pénétrante quise mêlait à l'odeur plus légère des feuilles naissantes. De lentes rafales passaient, apportant les saveurs fortes de l'air salin et de la sueur visqueuse des varechs.
La jeune fille s'abandonna au bonheur de respirer ; et le repos de la campagne la calma comme un bain frais.
Toutes les bêtes qui s'éveillent quand vient le soir et cachent leur existence obscure dans la tranquillité des nuits,emplissaient les demi-ténèbres d'une agitation silencieuse. De grands oiseaux qui ne criaient point fuyaient dans l'air comme des taches, comme des ombres ; des bourdonnements d'insectes invisibles effleuraient l'oreille ; des courses muettes traversaient l'herbe pleine de rosée ou le sable des chemins déserts.
Seuls quelques crapauds mélancoliques poussaient vers la lune leur note courte etmonotone.
Il semblait à Jeanne que son coeur s'élargissait, plein de murmures comme cette soirée claire, fourmillant soudain de mille désirs rôdeurs, pareils à ces bêtes nocturnes dont le frémissement l'entourait. Une affinité l'unissait à cette poésie vivante ; et dans la molle blancheur de la nuit, elle sentait courir des frissons surhumains, palpiter des espoirs insaisissables, quelque chosecomme un souffle de bonheur.
Et elle se mit à rêver d'amour.

Lecture méthodique :

Lorsque Flaubert meurt en 1880, c’est une grande affliction pour Maupassant qui perd à la fois un mentor littéraire et son ami le plus cher. Trois ans plus tard, il présente son premier roman, Une Vie, comme « l’hommage d’un ami dévoué, et en souvenir d’un ami mort. » Ce roman, d’inspiration réaliste, nousprésente la vie de Jeanne, une femme de la petite noblesse normande. Il retrace son existence au travers d’un pessimisme marqué qui la fait sombrer dans une désillusion de plus en plus accablante.

Jeanne vient de sortir du couvent dans lequel elle avait passé sa jeunesse. Elle arrive au domaine familial, les peuples. Emerveillée par toutes les nouvelles effluves qui se présentent à elle en mêmetemps, elle se met à rêver.
Nous ferons de ce texte une lecture linéaire, dans laquelle nous verrons comment Jeanne passe des sensations à l’émotion puis au rêve, et comment cette évolution est rendue perceptible par les descriptions et la structure du texte.

Le texte débute par « Jeanne regardait ». Cela introduit donc un point de vue interne, et par conséquent, une description subjective de cequi va suivre. La première phrase longue et sans rupture montre le calme et l’immensité de ce que ressent Jeanne à cet instant. Calme renforcé par l’allitération en liquide (« au loin la longue surface » l.1) et par la métaphore employée pour exprimer la mer (moire = tissu à reflets changeants l.1).
Puis, elle passe de la vue à l’odorat, avec un second paragraphe où les sensations olfactives sontprépondérantes. L’odeur du jasmin est personnifiée (« haleine » l.6) et caractérisée par des termes expressifs (« exhalaient, l.5, pénétrante, l.6 »). Ce paragraphe est caractérisé par le champ lexical de l’odeur (« odeur, l.6, saveurs, l.8, air salin, l.8 »). Dans ce paragraphe, la nature prend corps (« haleine, l.6, sueur, l.9 »)
Le troisième paragraphe est un recul du narrateur, qui s’immiscedans la description des sensations de Jeanne. Il marque ainsi une pause entre les sensations purement olfactives et les animaux nocturnes évoqués dans le quatrième paragraphe.
Ce paragraphe est composé de deux phrases longues et très peu entrecoupées. On retrouve un parallélisme avec le deuxième paragraphe (toutes les bêtes l.13 = toutes les senteurs l.3), ce qui montre que le point de vue...
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