Une femme à berlin

Pages: 51 (12571 mots) Publié le: 23 mars 2011
UNE FEMME A BERLIN

Version de septembre 2010
Sur scène, un homme et une femme dans un silence gêné qu’elle se décide enfin à rompre.

ELLE
Gerd, tu te rappelles ? C’était un mardi, fin août 1939, le matin, vers 10 heures, tu m’as appelée au bureau et tu m’as demandé de prendre congé pour le restant de la journée…

GERD
Oui, pourpartir en excursion avec moi.

ELLE
Je t’ai demandé pourquoi. Tu as bafouillé quelque chose du style de :« Je vais devoir partir en voyage… » Et tu as insisté…

GERD
Viens, je t’en prie, viens…

ELLE
J’ai quitté le travail pour t’accompagner dans une randonnée à travers une forêt de pins. Il faisait très chaud. Ça sentait la résine.GERD
Nous avons flâné sur les bords d’un lac.

ELLE
Nous nous sommes retrouvés dans des nuages entiers de papillons. Il y en avait un qui prenait un bain de soleil les ailes écartées, au milieu du chemin, un très grand…

GERD
…un morio, il avait les ailes brunes, bordées de bleu et de jaune.

ELLE
On s’est assis sur lasouche d’un arbre. Tu jouais avec mes doigts sans rien dire et je t’ai demandé si tu avais reçu ton appel sous les drapeaux.

Elle vient s’asseoir prés de lui.

ELLE
Il est dans ta poche ?  

GERD
Pas dans ma poche, non.

ELLE
Trois jours plus tard tu étais parti, c’était la guerre.

GERD
Maintenantc’est fini.

ELLE
Oui, c’est fini. C’est fini et on est vivant.

Elle se lève, attrape un petit cahier caché sous son matelas et le lui tend.

ELLE
J’ai commencé à l’écrire en avril… Le jour où Berlin a regardé la guerre en face . J’aimerais qu’on le lise ensemble.

Gerd ouvre le cahier et commence à lire à haute voix.

GERD(lisant)
20 avril 1945 : La guerre déferle sur Berlin. Hier encore ce n’était qu’un grondement lointain, aujourd’hui c’est un roulement continu. L’oreille est assourdie. Nous vivons dans un cercle de canons, d’armes braquées sur nous qui se resserre d’heure en heure. Pendant les silences devenus inhabituels, on remarque soudain le printemps. Des ruines noircies s’élèvent des senteurs delilas. Entre deux hurlements de sirènes, des hommes ont sans doute trouvé le temps de bêcher leur petit jardin, car autour des cabanons de la Berlinerstrasse, la terre est fraîchement retournée. Je suis dans ma mansarde sous les toits. C’est pas vraiment…

Elle le coupe et continue le récit :…Ce n’est pas vraiment mon chez moi. Je n’en ai plus. Je n’ai plus rien d’ailleurs, juste unevalise de vieilles frusques.
Je viens d’aller échanger contre du lait, les tickets de rationnement bleu clair, que tu m’avais envoyés à Noël. J’en ai bu quelques gorgées dans la rue et en rentrant, je me suis remplie l’estomac d’une bouillie de semoule et de quelques croûtes de pain. Je devrais être rassasiée comme je ne l’ai pas été depuis longtemps pourtant je suis toujours tenaillée parla faim. Manger m’a donné plus faim encore. Dans la maigre collection de livres du propriétaire, j’ai trouvé un roman dont l’histoire se déroule dans l’aristocratie anglaise, on peut y lire des phrases comme: « Il jeta un coup d’œil furtif sur le plat auquel elle n’avait pas touché, se leva et partit…» Je me suis mise à gratter les lettres de mes ongles comme pour extraire du livre le plat nonentamé. C’est quand même fou une chose pareille. Peut-être le début d’une sorte de délire de la faim ? 
En arrivant ici, j’ai fouillé toutes les armoires et tous les tiroirs en quête de quelque chose qui puisse être utile : à manger, à boire ou à brûler. Aujourd’hui, on n’a plus qu’un lien très lâche avec les objets et on ne fait plus de distinction entre ce qui est à soi ou aux...
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