Une histoire de la violence

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  • Publié le : 15 juin 2010
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Bonnemay Jeanne
Histoire de la violence
Chesnais, Histoire de la violence, Laffont
Muchembled, Une histoire de la violence, Seuil

L’histoire de la violence est paradoxalement en Occident une histoire de la civilisation et de la pacification des mœurs. Ce constat est partagé, à 20 ans d’écart, par Chesnais et Muchembled. Dans la tradition de Norbert Elias, ils récusent, chiffres àl’appui, l’idée que la violence est toujours plus importante, qu’elle progresse dans nos sociétés.
Pour expliquer cela, il nous faut d’abord définir ce qu’est la violence. Selon Muchembled, « apparu au début du XIIIe siècle en français, le mot « violence » qui dérive du latin vis, désignant la « force » ou la vigueur », caractérise un être humain au caractère emporté et brutal. Il définit aussi unrapport de force visant à soumettre ou à contraindre autrui. » Chesnais n’avait pas retenu la même acception de la violence, mais une définition plus concrète : « la violence au sens strict, la seule violence mesurable et incontestable est la violence physique. C’est l’atteinte directe, corporelle, contre les personnes : elle revêt un triple caractère : brutal, extérieur et douloureux ». Ces deuxdéfinitions ne nous permettent cependant pas d’apprécier réellement quels pourraient être les actes incontestablement violents. Et c’est sans doute car la violence est avant tout perçue : un acte considéré violent dans une société et à une époque donnée peut ne plus l’être ailleurs : à autres temps autres mœurs.
Nous approchons là la problématique globale de l’histoire de la violence, plus entrevuedans l’ouvrage de Chesnais que dans celui de Muchembled : non seulement la violence diminue mais en plus elle se transforme et paradoxalement se police.
À tous ces changements observables sur le long terme dans l’histoire de la violence s’opposent des faits permanents. Tout d’abord, les coupables de violences restent globalement les mêmes et l’impression de vivre dans une société violente,malgré une baisse incontestable de ce phénomène demeure, voire augmente.
Cette perception est peut-être due au fait que la violence est toujours présente, qu’elle a été encadrée, canalisée plus qu’interdite ou éradiquée. De plus, comme nous l’avons vue, la violence n’est pas objective, et sa perception l’est encore moins:elle est d’autant plus choquante qu’elle ne constitue pas l’environnementnaturel des personnes.
Nous pouvons donc nous interroger sur les raisons de cette baisse et de cette transformation de la violence, de cette civilisation des mœurs, alors même que le profil sociologique des violents demeure, mais aussi sur les raisons de la permanence de la peur, du sentiment l’insécurité.
Nous verrons, dans une première partie que de moyen d’expression la violences’est transformée en l’un des plus grands tabous de notre société, même si des groupes sociologiquement constants, demeurent plus brutaux. Puis nous nous intéresserons au déplacement et à l’élargissement du champ de la violence. Enfin, nous étudierons les raisons du sentiment d’insécurité croissant dans nos sociétés pourtant de moins en moins violentes.
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« Au commencement était laviolence. L’Ancien testament s’ouvre sur le fratricide : Caïn assassine Abel ; le Nouveau se ferme sur un martyre et une exécution : celle du Christ ». La violence semble pendant très longtemps avoir rythmée l’existence humaine, elle s’immisce partout, dans les rapports de l’homme avec son environnement et avec ses congénères. La mortalité est très forte et « la vie est trop fragile pour qu’on larespecte. »[1]. Mais ce tableau va peu à peu évoluer dans le sens d’une diminution très forte des actes violents et de la brutalité de la société.

La violence est, dans les sociétés anciennes, un moyen de se défendre, de survivre (par les rapines ou le brigandage par exemple), mais aussi un moyen de s’exprimer. Ainsi, la brutalité permet aux jeunes hommes du Moyen Age de prouver leur...
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