Une poésie de la modernité

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  • Publié le: 18 octobre 2009
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Cours Magistral de Mme Julien, Paris X - Nanterre

I. Une poésie de la modernité

a) Baudelaire : aux origines de la modernité
b) les découvreurs du modernisme poétique : Verhaeren, Larbaud, Romains et l’Unanimisme
c) Les chantres de l’esprit nouveau : Apollinaire, Cendrars, Max Jacob

I. Une poésie de la Modernité

a) Aux origines de laModernité - Baudelaire

Au début du XXème siècle, de nombreux mots tournent autour de la notion de modernité : modernisme, moderne... Ces mots s’associent à tous les champs de la création. L’effervescence des milieux artistiques est semblable à celle qu’a connu le XVIè siècle avec l’humanisme et le besoin de renouveau. Cette notion de modernité trouve ses origines dans le XIXè siècle.C’est une notion qui est immédiatement problématique. C’est Chateaubriand qui l’a employé pour la première fois par écrit, dans ses Mémoires, mais il a connoté le mot de manière négative en l’associant directement à la vulgarité. Il décrit par la modernité un domaine qui échappe aux règles esthétiques et il oppose la Nature et la Modernité.

Baudelaire, lui, se fait le théoriciendu concept à travers le Peintre de la vie Moderne. Dans cette partie des Curiosité esthétiques, Baudelaire rend les axes du temps dynamiques et la temporalité n’apparaît plus comme figée. Baudelaire dans un cadre purement esthétique et le détache de la notion de progrès. Si pour les romantiques la modernité était jusque là située du côté du progrès, Baudelaire se rend compte que les deux notionset leurs rapports deviennent vite problématique. Le progrès ne relève pour lui que d’une société mécanique et bourgeoise, ce qui est très péjoratif. C’est pour cette raison qu’il déplace le concept de modernité dans un cadre esthétique à travers le personnage du peintre Constantin Guys. Pour Baudelaire, le beau ne peut se manifester que hors du temps.

Le peintre de la vie moderne estécrit durant l’hiver 1859 / 1860. Ce que Baudelaire entend par « modernité », les humanistes l’entendaient par « critique ». Il s’agit d’une attitude critique par rapport aux œuvres antérieures, et d’une attitude d’avancement sur l’axe temporel. C’est donc également une rébellion contre l’art d’imitation : « c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art dont l’autre moitié estl’éternel et l’immuable ». Cette définition caractérise l’art de Baudelaire lui-même (« A une passante »).

b) Les découvreurs de la poésie moderne

La quête de Baudelaire devient un élément moteur de la poésie du XXè siècle et connaît de nombreux prolongements dans toute la littérature. Ce regain de la modernité est essentiellement dû à l’épuisement du naturalisme et du symbolise; la poésie et la littérature en général nécessitent de nouvelles formes. Ni l’une ni l’autre ne peuvent se contenter de faire de simples descriptions et d’être seulement les témoins de leur temps. La modernité semble promettre que l’on peut trouver l’au-delà du réel dans le monde réel lui-même.

Influence de Walt Whitman (1819-1892)

Le recueil Feuilles d’herbe, considérécomme l’oeuvre majeure du « barde de Manhattan », entend revitaliser la symbolisme en s’ouvrant sur la nature moderne. Whitman, auquel Larbaud consacre une anthologie, en voyant dans ses grands vers libres une ouverture vers de nouveaux horizons, utilise un style lyrique qui se retrouve plus tard dans un poème comme « Zone ».

Garde ton splendide soleil silencieux,
Garde tes bois,ô Nature, et les calmes endroits près de tes bois,
Garde tes champs de trèfle et de fléole, tes champs de blé et tes vergers,
Garde tes champs de sarrasin en fleur où bourdonnent les abeilles du Neuvième Mois ;
Donne-moi les visages et les rues - donne-moi ces fantômes incessants et perpétuels le long des trottoirs !
Donne-moi les yeux sans nombre -...
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