Une vie en vaut une autre

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  • Publié le : 21 décembre 2011
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UNE VIE EN VAUT UNE AUTRE

Un second souffle pour

les Nations Unies et la société civile.

Par Patrice Barrat(*)

« Une vie en vaut une autre » : pour que les Nations Unies trouvent ou retrouvent une légitimité aux yeux des peuples du monde, il faudrait qu'en émane cette idée toute simple que la vie d'un Arabe a la même valeur que celle d'un Israélien, que celle d'un Africain équivautà celle d'un Américain ou que celle d'un Indien égale celle d'un Européen.

Parmi les malheurs des Nations Unies, il y a bien sûr la confusion entre ses décisions et capacités propres d'une part et les faits et gestes de ce qu'on appelle la « communauté internationale » d'autre part. Aux yeux du plus grand nombre, peu importent la Charte et les Résolutions si au bout du compte, c'est la loi duplus fort ou du plus riche qui prévaut.

Alors que le monde fait face à des défis – écologique, socio-économique, militaire - qui engagent son intégrité), l'enjeu principal pour les Nations Unies ne se situe peut-être pas dans la réforme de ses règles et procédures mais plutôt dans l’affirmation de la portée universelle de sa mission.

Il manque à l'ONU l'ambition de parler directement au cœuret à la raison des habitants de la planète. Par-delà les gouvernements et leurs marchandages, par-delà les entreprises et leur irresponsabilité politique, par-delà les religions et leur instrumentalisation.

Il existe pourtant, au sein même des textes « sacrés » de l'ONU, de quoi mobiliser la planète entière. Que l'on songe seulement à ce passage de la Charte qui dit :

« réaffirmer la croyanceaux droits humains fondamentaux, à la dignité et à la valeur de la personne humaine, aux droits égaux des hommes et des femmes et des nations grandes et petites. »

(“to reaffirm faith in fundamental human rights, in the dignity and worth of the human person, in the equal rights of men and women and of nations large and small”).

Se souvient-on que c'est en “réinventant” la constitutionaméricaine pour lui donner une base égalitaire qu'Abraham Lincoln parvint à mettre un terme à la guerre civile qui ravageait les Etats-Unis d'Amérique? Le 18 novembre 1863, par son discours de Gettysburg, il avait su recréer une vision pour tout un peuple, y compris les esclaves. En quelques mots et en choisissant le moment: « Four score and seven years ago our fathers brought forth, upon thiscontinent, a new nation, conceived in liberty, and dedicated to the proposition that "all men are created equal " ». Certes, d’après les exégètes, Lincoln avait librement forcé le trait. Mais l’inspiration a porté.

Part de rêve, part d’ombre et vide

Imaginons un instant que Kofi Annan ou son successeur s’adresse directement – par-dessus les représentants des différents Etats - aux citoyens du mondeentier, et qu’il les invite solennellement à l’aider à faire respecter, par tous les moyens non-violents à leur disposition, l’application de droits égaux pour tous…

Un rêve en effet. Mais lorsque, devant la popularité de la Coupe du Monde de Football 2006, Kofi Annan appelle de ses vœux la création d'une Coupe du Monde des Nations Unies afin de mobiliser les peuples autour de la Paix,n'exprime-t-il pas une aspiration de cette nature ?

Bon nombre de champs majeurs - environnement, économie, sécurité, éducation, santé, technologie- ne dépendent pas de la seule ONU ou de ses agences… Mais il existe un domaine plus impalpable et pourtant essentiel où l'ONU peut avancer de manière relativement autonome: celui des rapports de force entre ce qu'il est convenu d'appeler les « acteurs » dela mondialisation et surtout la manière dont ces rapports impliquent ou non les citoyens de la planète.

L'ONU peut se dégager des pressions auxquelles elle est soumise en tirant parti de l'énorme confusion qui l'entoure et du vide de projets, de solutions et donc d’espérances qui caractérise notre situation. Dans un monde de communication globale, c'est davantage par la revendication...
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