Vie quotidienne des français durant la guerre 14-18

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  • Publié le : 10 juin 2009
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Souvenirs des tranchées à Verdun

"Le soldat patauge lourdement dans la boue... Il est chargé : à bout de bras, deux "bouteillons" pleins - la soupe encore chaude -, les gourdes de vin, le pain en bandoulière et les musettes remplies de singe. Il cherche l'entrée du boyau qui mène à la tranchée où les autres attendent la bouffe. Il est presque à découvert et ne pense qu'à ça. Quelques ballesperdues finissent leur trajectoire à hauteur de ses bandes molletières, elles viennent s'enfoncer, encore meurtrières, dans la gadoue jaune. Les godillots du soldat s'engluent dans la boue. Il fait encore nuit. Il n'y a que cette lueur à l'horizon avec, par moments, une sorte d'éclair ou une série de lumières plus fortes et un roulement sourd, un bourdonnement toujours présent, qui prend au ventrequand on l'écoute. C'est plus haut que ça se passe, ici le secteur est calme, comme on dit. De temps en temps, un tir de routine auquel nos artilleurs répondent mollement. C'est le Boche qui s'ennuie, en mal de cartons, qui serait presque le plus dangereux...

Il a ça en tête, le soldat, et il a hâte de trouver le boyau pour être à couvert... Et la soupe qui refroidit ! Il pense aussi au froid, àses pieds trempés, au col de sa capote si rugueux...

A chaque pas, son casque mal ajusté lui cogne l'oreille droite, gelée, prête à se casser comme du verre. Putain d'équipement ! Vraiment, y a pas de respect pour le contribuable qui se bat pour la Patrie ! Sa gamberge s'arrête là. On vient de tirer une fusée éclairante qui retombe tranquille au bout de son parachute, à la verticale du soldat,illuminant tout, absolument tout... comme si ça suffisait pas d'être paumé, le voilà qui joue la cible. Et ça se fait pas attendre, ça crépite ! Un tir de mitrailleuse... Alors il plonge au sol, s'étale à plat ventre. La crosse de son Lebel lui fiche un sacré coup dans les reins. La soupe se répand sur le sol, il sent la tiédeur du bouillon contre sa cuisse. Il essaie de dégager son fusil ets'empêtre dans les brides des musettes, les doigts plein de boue. C'est la confusion, le bordel, la panique et il faut pas bouger surtout! Ça tire dur et pas loin. Il y a deux minutes, c'était le calme plat, maintenant, y a pas de comparaison. Des balles s'écrasent à quelques centimètres de son corps. Sûr qu'il va s'en prendre une, là, comme un con, allongé dans la boue... allongé dans la merde, oui...ça pue ! ... Au moins un Boche qui pourrit pas loin! On fait plus attention aux cadavres, il y en a tellement, par couches, des Français, des Allemands, on leur marche dessus, on les recouvre même plus... On vit avec et ils rendent des services, on accroche son bidon à un pied qui dépasse de la paroi de la tranchée... mais celui-là, de mort, il dégage sérieux ! C'est moindre mal... En attendant,ça canarde et il ne peut pas bouger, et pourtant, il faudrait... Une heure au moins, il reste là. C'est difficile à évaluer, la durée, dans ces moments où le corps est tétanisé par la peur. Il n'y que le long de son dos, contre sa peau, qu'il y a de l'animation... un vrai boulevard à poux. Ça aussi, c'est qu'une habitude, ces bêtes, avec les rats et la chiasse. Le canon de 75 s'y met, c'est partipour le reste de la nuit, la journée, peut-être. Un obus tombe pas loin et voilà les éclats qui rappliquent, et les mottes de terre qu'il est allé chercher en profondeur, et la boue. Le soldat, les deux mains crispées sur son casque, tente de se protéger la nuque. C'est à rire, ce geste, avec toute ces saloperies, ces bouts de fer qui vont se ficher profondément dans le sol et qui ne demandentqu'à pénétrer dans sa chair si fragile... même son casque ne pourra pas les arrêter. Le feu s'intensifie. Il faut démarrer. Où est donc ce putain de boyau, la tranchée, l'abri ?

Le jour s'est levé. Les ardeurs guerrières se sont un peu calmées et puis tout s'est tu. Maintenant, on y voit tout à fait et le soldat se rend compte qu'il a passé la nuit allongé sur un mort, les deux mains dans son...