Vision de l'automne par alexandre vallet

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  • Publié le : 2 janvier 2010
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L’automne commence aux Sept Citadelles.



La Mort sur son blanc destrier parcourt le monde, piquant les âmes au hasard ou selon un principe impénétrable. C’est une image usée et commune de se figurer cette entité sous un large voile noire, tenant en sa main squelettique son attribut effilée, et œuvrant sans limite ; toutefois, peu de gens viennent à se demander si son périple funèbre aun but, et s’il a une origine.



Moi, je sais, désormais, que la mort commence aux Sept Citadelles.



Trente années de ma vie furent consacrées à une correspondance fournie à travers toute l’Europe, mettant à mal les services postaux à tel point que je dus très tôt faire usage de ma fortune personnelle pour mandater des coursiers privés. J’étendis très vite un vaste réseaud’étude tant avec d’illustres confrères historiens qu’avec des paysans, des agriculteurs et quelques nobles férus de sciences humaines en général. Je cherchais en apparence à en apprendre toujours davantage sur les us et coutumes locales, propres à chaque village et sur les traditions religieuses ou païennes. En réalité, la vaste toile que je tissais sur le vieux monde n’avait d’autres buts qued’éprouver les qualités de communication d’une contrée à une autre. J’établis en quelques années une carte plutôt précise et pointai dessus les délais d’acheminement de mes lettres. Mon dessein se réalisa alors. Je vis apparaître plutôt clairement des zones où les coursiers ralentissaient considérablement. Et ce ralentissement se faisait sentir de manière très disparate selon le moment de l’année etselon les régions. Que devais-je en déduire ? Sachant que l’hiver, le froid et la neige étaient les éléments essentiels de ce ralentissement, devait-on conclure que la saison froide ne commençait pas partout au même moment ? Il n’y avait rien de fondamentalement bouleversant à dire que les conditions climatiques n’étaient pas identiques d’un pays à l’autre mais la carte que j’avais dessinée nedémontrait rien de naturel. Le ralentissement massif du courrier semblait avoir une origine topographique unique et s’étendait ensuite de manière concentrique aux alentours ; à l’Europe ? Au monde entier ? Il ne me fallut nul délai pour décider de lancer mon expédition solitaire et j’embarquai la semaine suivante à bord de l’Express d’Orient, suivi par un cortège de malles et autre outil de travail. Lechemin de fer me mena jusqu’à Budapest puis je dus payer la location d’une voiture, un cocher et deux chevaux. Lorsque j’annonçai ma destination, je ne fus presque pas surpris de voir le prix de la prestation varier considérablement et dépasser celui du billet de train de Paris à la toute nouvelle capitale hongroise. Je ne négociai pas cette variation, sachant pertinemment que le but inavoué étaitde faire renoncer le client à un tel périple. Aussi, je versai la somme entière, en monnaie sonnante, et dès avant d’embarquer. Ainsi, je fus rendu bien vite en plein cœur de la région des Sept Citadelles.



Cette belle voiture de bois, de cuivre et de cuir se désagrégeait presque à vue d’œil, au fur et à mesure que le sentier devenait de plus en plus chaotique, tant et si bien que j’envins à me demander si je pourrais aller jusqu’au terme de mon voyage. Alors que Budapest m’avait permis de profiter de la chaleur des derniers jours d’août, la morsure du froid fut soudaine et vive lorsque nous franchîmes la Tisza. La région était plutôt marécageuse et l’humidité omniprésente. Les arbres bas voyaient le sommet de leur frondaison virer à l’ocre et au brun. Je savais que le voyages’annonçait long ; aussi avais-je pris de quoi me familiariser avec la région que j’allais visiter et le fabuleux ouvrage de Xenopol était l’un de mes compagnons de route. L’autre compagnon, en la personne de mon cocher, n’était guère plus humain que mes chroniques et tout aussi bavard. J’avais donc toute la solitude et la quiétude nécessaires à la méditation et à l’apprentissage. Je passai...
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