Vivre au village

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  • Publié le : 10 mars 2009
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Vivre au village au XVIIe siècle en France, Angleterre et Espagne

Le 7 avril 1676, le curé de la paroisse de Goodnestone-next-Wingham renvoie à l’archevêque de Canterbury qui lui demandait combien de ses paroissiens venaient communier les résultats d’une enquête singulièrement détaillée. Il y avait 62 feux et 277 habitants à Goodnestone. La taille moyenne d’une maisonnée est donc de 4,47personnes.
2/3 des gens (179 sur 277) vivaient dans les maisonnées de la Gentry et des yeomen et même si les hommes de métier, les journaliers et les pauvres constituaient 33 familles, ils ne représentaient que le tiers restant. La majorité de la population vivait donc dans de grandes maisonnées. 52 personnes (soit 18% de la population) étaient des domestiques au service des gentlemen et desyeomen. 23 personnes vivaient au manoir tenu par l’Ecuyer Edward Hales, le gérant d’une famille de marchands londoniens, les Pennington, auxquels le manoir appartenait. Le Squire était de loin la personne la plus importante du village. Sa supériorité était symboliquement marquée par les murs qui entouraient le parc du manoir, par le garde chasse qui empêchait les paysans de braconner sur ses terreset par le banc qui lui est réservé à l’Eglise. Vivaient encore au village deux familles nobles, probablement satellites de celle des Hales. Au total, il y avait en fait 12 personnes de naissance aristocratique à Goodnestone, ceux là seuls étaient complètement alphabétisés et avaient une certaine connaissance du monde extérieur au comté. La terre du village cependant, n’était pas cultivée par lesHales mais par une douzaine de familles de Yeomen et de Husbandmen (plus d’une centaine de personnes). Les journaliers et les pauvres étaient enfin au nombre de 63, les artisans (charpentiers, briquetiers, tailleur, épicier, couvreur en chaume) au nombre de 35.
Une telle description statistique d’un village anglais du XVIIe siècle permet-elle de définir la vie typique d’un village de l’EuropeOccidentale ? Sans doute pas compte tenu des disparités entre France, Angleterre et Espagne, elle dit tout au moins l’échelle très restreinte de la vie au village et la hiérarchie d’une société très inégalitaire.
De plus, si chacun s’accorde à voir dans le XVIIe siècle un moment de crise pour l’Europe (transition du féodalisme au capitalisme pour Hobsbawn, opposition entre la société et l’Etat pourTrevor Roper, bouleversements religieux, démographiques, culturels précurseurs d’une nouvelle stabilité pour Theodor Rabb, années de misère selon Marcel Lachiver, temps de décadence pour les historiens espagnols), il est clair que les campagnes des trois pays ne sont pas touchées de la même façon par les mêmes phénomènes au même moment. Il faudra donc faire la part du structurel et duconjoncturel. Il est certain aussi que malgré des cadres extrêmement rigides, les sociétés rurales ont connu des mutations différentielles.
La question essentielle que pose l’étude de la vie au village au XVIIe siècle est la suivante : y-eut-il fondamentalement stabilité ou bien dislocation des sociétés paysannes sous l’effet de l’appel du marché, de la pression fiscale, de l’enrichissement des uns et del’appauvrissement des autres ? L’historiographie sur le sujet bénéficie de nombreuses monographies éclairantes (Jean Jacquart ou Moriceau sur l’Ile de France, Salomon pour la Nouvelle Castille, B.Yun Casanilla sur la Tierra de Campos, M-C Barbazza sur le village de Pozuelo de Aravaca, D.H.Hey sur Myddle, village du Shropshire, etc.). Ces travaux ont permis notamment de prouver que le monde descampagnes ne fut pas aussi immobile qu’on le disait auparavant.
L’analyse s’articulera en trois temps et s’attachera tout d’abord à décrire la fragilité de la vie dans les campagnes du XVIIe siècle, puis à évaluer le poids des cadres traditionnels et à observer enfin comment hiérarchies, solidarités et tensions se comportent face à la conjoncture.

I. La vie fragile

A. La mort est au...
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