Vivre pour travail-- hegel.

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 13 (3087 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 28 juillet 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Faut-il travailler pour vivre ou vivre pour travailler ? Par Pierre-Eric SUTTER Volet 1 - Les contradictions du travail De la Bible aux Lumières, le labeur a longtemps été considéré comme une corvée, voire une malédiction. Or depuis la fin du 18° siècle, toutes les sociétés modernes ont mis le travail au centre de leurs préoccupations, en suggérant qu’il pouvait être autre chose qu’un châtimentou une pénitence. Pour prendre la mesure de cette évolution, il suffit de constater comment notre travail définit qui nous sommes ; ainsi lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, la première question posée n’est pas « d’où venez-vous, qui êtes-vous ? » comme l’usage le prévaut dans les sociétés traditionnelles, mais « que faites-vous dans la vie ? ». Ceci forge une convictionpartagée par le plus grand nombre : le travail contribue à construire notre identité. Jadis, le travail offrait à l’Homme la possibilité de se réaliser dans son environnement et dans le monde. De nos jours, le travail occupe une position beaucoup plus ambiguë : l’être humain se plaint de son travail, mais il est bien heureux d’en avoir un ; quand il n’en a pas, il en recherche un, parfoisdésespérément. Quand il en a un, il en souffre, parfois jusqu’à la dépression, voire le suicide. Le travail est apprécié de plus en plus non plus pour ce qu’il est lui-même (tâches, réalisation matérielle, œuvre collective) mais pour autre chose (argent, prestige, pouvoir, remède à l’ennui). Mais il semblerait qu’il soit difficile de s’en passer dans notre Société, malgré les souffrances qu’il est susceptible denous infliger.

Pour synthétiser l’ambivalence du travail et tenter de comprendre ses contradictions, nous posons trois hypothèses. Ces contradictions, en apparente opposition, peuvent être dépassées par un travail de réflexion et de synthèse. Elles peuvent même contribuer à créer du sens, en permettant de comprendre certaines des causes de mal-être que les individus rencontrent au travail. Nousallons succinctement présenter ces trois hypothèses puis développer chacune un peu plus en profondeur.

La première hypothèse pose que le travail est une aliénation librement consentie, mais pas toujours consciemment. Cette aliénation résulte des rapports de domination qui régissent les sociétés et qui ordonnent les relations entre agents, notamment au travers de leur rôles sociaux. Cettealiénation doit être conscientisée pour permettre au travailleur de mieux la vivre comme une liberté, et non comme une contrainte. La seconde hypothèse suppose que le travail est simultanément « une possession qui nous dépossède et une dépossession qui nous possède ». Nous possédons un travail par lequel nous définissons et construisons notre singularité intérieure, le caractère unique de notrepersonne. Mais, par le même temps, ce travail nous dépossède de nous-mêmes, parce qu’il est extérieur à nous-mêmes. En effet, notre travail – ou plus exactement notre emploi – préexistait avant notre embauche et a été conçu par un autre que nous, même si c’est nous qui travaillons à cet emploi. La troisième hypothèse pose que c’est par la souffrance que le travail nous inflige que nous trouvons une partiede notre bien-être, voire de notre bonheur, parce qu’il nous permet de dépasser les contraintes de notre condition humaine. Tout le paradoxe réside dans le fait qu’on peut malgré soi accroître notre propre souffrance au travail quand on cherche à trop augmenter son bien-être ou

lorsque ce travail devient une fin en soi qui se finit, un achèvement qui se termine, un accomplissement et non unprocessus en perpétuelle construction.

Volet 2 - Hypothèse 1 : le travail, une aliénation librement consentie Certains philosophes se sont positionnés pour ou contre le travail. Le travail détermine ainsi deux « camps » de pensée en opposition : pour ceux qui sont contre le travail, il aliénerait l’individu ; pour ceux qui sont pour, il le rendrait libre. A chacun donc de se positionner...
tracking img