Voila

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1372 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 mai 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Scène 3Elmire, Tartuffe.
Tartuffe
Que le Ciel à jamais par sa toute bonté,
880Et de l’âme et du corps vous donne la santé,
Et bénisse vos jours autant que le désire
Le plus humble de ceux que son amour inspire !

Elmire
Je suis fort obligée à ce souhait pieux ;
Mais prenons une chaise, afin d’être un peu mieux.

Tartuffe
885Comment de votre mal vous sentez-vous remise ?

ElmireFort bien, et cette fièvre a bientôt quitté prise.

Tartuffe
Mes prières n’ont pas le mérite qu’il faut
Pour avoir attiré cette grâce d’en haut,
Mais je n’ai fait au Ciel nulle dévote instance
890Qui n’ait eu pour objet votre convalescence.

Elmire
Votre zèle pour moi s’est trop inquiété.

Tartuffe
On ne peut trop chérir votre chère santé,
Et pour la rétablir j’aurais donné la mienne.Elmire
C’est pousser bien avant la charité chrétienne,
895Et je vous dois beaucoup pour toutes ces bontés.

Tartuffe
Je fais bien moins pour vous que vous ne méritez.

Elmire
J’ai voulu vous parler en secret d’une affaire,
Et suis bien aise ici qu’aucun ne nous éclaire.

Tartuffe
J’en suis ravi de même, et sans doute il m’est doux,
900Madame, de me voir seul à seul avec vous.
C’estune occasion qu’au Ciel j’ai demandée,
Sans que jusqu’à cette heure il me l’ait accordée.

Elmire
Pour moi, ce que je veux, c’est un mot d’entretien,
Où tout votre cœur s’ouvre et ne me cache rien.

Tartuffe
905Et je ne veux aussi pour grâce singulière
Que montrer à vos yeux mon âme tout entière,
Et vous faire serment que les bruits que j’ai faits
Des visites qu’ici reçoivent vosattraits
Ne sont pas envers vous l’effet d’aucune haine,
910Mais plutôt d’un transport de zèle qui m’entraîne
Et d’un pur mouvement...

Elmire
Et d’un pur mouvement... Je le prends bien aussi,
Et crois que mon salut vous donne ce souci.

Tartuffe. Il lui serre le bout des doigts.
Oui, Madame, sans doute, et ma ferveur est telle...

Elmire
Ouf ! vous me serrez trop.

Tartuffe
Ouf ! vousme serrez trop. C’est par excès de zèle.
915De vous faire autre mal je n’eus jamais dessein,
Et j’aurais bien plutôt...
(Il lui met la main sur le genou.)

Elmire
Et j’aurais bien plutôt... Que fait là votre main ?

Tartuffe
Je tâte votre habit; l’étoffe en est moelleuse.

Elmire
Ah ! de grâce, laissez ; je suis fort chatouilleuse.
(Elle recule sa chaise, et Tartuffe rapproche lasienne.)

Tartuffe
Mon Dieu ! que de ce point l’ouvrage est merveilleux !
920On travaille aujourd’hui d’un air miraculeux ;
Jamais, en toute chose, on n’a vu si bien faire.

Elmire
Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire.
On tient que mon mari veut dégager sa foi
Et vous donner sa fille : eEst-il vrai, dites-moi ?

Tartuffe
925Il m’en a dit deux mots ; mais, Madame, à vrai dire,Ce n’est pas le bonheur après quoi je soupire,
Et je vois autre part les merveilleux attraits
De la félicité qui fait tous mes souhaits.

Elmire
C’est que vous n’aimez rien des choses de la terre.

Tartuffe
930Mon sein n’enferme pas un cœur qui soit de pierre.

Elmire
Pour moi, je crois qu’au Ciel tendent tous vos soupirs,
Et que rien ici-bas n’arrête vos désirs.

Tartuffe
L’amourqui nous attache aux beautés éternelles
N’étouffe pas en nous l’amour des temporelles,
935Nos sens facilement peuvent être charmés
Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.
Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles,
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles.
Il a sur votre face épanché des beautés
940Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés ;
Et je n’ai pu vousvoir, parfaite créature,
Sans admirer en vous l’auteur de la nature,
Et d’une ardente amour sentir mon cœur atteint
Au plus beau des portraits où lui-même il s’est peint.
945D’abord j’appréhendai que cette ardeur secrète
Ne fût du noir esprit une surprise adroite,
Et même à fuir vos yeux mon cœur se résolut,
Vous croyant un obstacle à faire mon salut.
Mais enfin je connus, ô beauté...
tracking img