Voltaire, article « torture »,

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  • Publié le : 17 juin 2010
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Le Dictionnaire philosophique est conçu par Voltaire pour compléter l'Encyclopédie. Il se présente comme une suite d'articles dans lesquels l'écrivain peut développer avec force ses réflexions surl'intolérance, la torture, la guerre ou le fanatisme.

Les Romains n'infligèrent jamais la torture qu'aux esclaves, mais les esclaves n'étaient pas comptés pour des hommes. Il n'y a pas d'apparencenon plus qu'un conseiller de la Tournelle regarde comme un de ses semblables un homme qu'on lui amène hâve, pâle, défait, les yeux mornes, la barbe longue et sale, couvert de la vermine dont il a étérongé dans un cachot. Il se donne le plaisir de l'appliquer à la grande et à la petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'à ce qu'il soit en danger de mort, après quoi onrecommence ; et comme dit très bien la comédie des Plaideurs : "Cela fait toujours passer une heure ou deux".
 
Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire ces expériencessur son prochain va conter à dîner à sa femme ce qui s'est passé le matin. La première fois, madame en a été révoltée ; à la seconde, elle y a pris goût, parce qu'après tout les femmes sont curieuses; ensuite, la première chose qu'elle lui dit lorsqu'il rentre en robe chez lui : « Mon petit cœur, n' avez-vous fait donner aujourd'hui la question à personne ? »
 
Les Français, qui passent, je nesais pourquoi, pour un peuple fort humain, s'étonnent que les Anglais, qui ont eu l'inhumanité de nous prendre tout le Canada, aient renoncé au plaisir de donner la question.
 
Lorsque le chevalierde La Barre, petit-fils d'un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d'esprit et d'une grande espérance, mais ayant toute l'étourderie d'une jeunesse effrénée, fut convaincu d'avoirchanté des chansons impies, et même d'avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d'Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non...
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