Voltaire, candide, ch.15

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  • Publié le : 26 septembre 2010
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Candide, de Voltaire

Chapitre XV, Comment Candide tua le frère de sa chère Cunégonde

Depuis « Le baron ne pouvait se lasser… » jusqu’à « …et dans ces trois il y a deux prêtres » (p.47-48 de l’édition Folio)

Introduction

Candide est un conte philosophique utilisant les pouvoirs de la fable et les ressources du comique et de l’ironie pour dénoncer plus efficacement les idéologies etles mœurs du temps.

Situation
Les retrouvailles inattendues de Candide et du Baron de Thunder-ten-tronckh, frère de Cunégonde laissé pour mort en Allemagne, représentent un rebondissement heureux, au moment où le héros aborde la deuxième des trois utopies américaines, celle des Jésuites du Paraguay. Candide entrevoit alors la possibilité de reconstituer son paradis perdu, en s’alliant avec lebaron pour reconquérir Cunégonde prisonnière à Buenos Ayres, et obtenir le consentement nécessaire à son projet de mariage.

Description
L’extrait est constitué d’un seul paragraphe d’une vingtaine de lignes. Pourtant, en un laps aussi court, Candide et le Baron se retrouvent avec effusion, font des projets d’avenir, se disputent, se battent , Candide tue le Baron, et pleure sa mort. Le récit,structuré autour de deux revirements complets des personnages, est donc caractérisé par une rapidité si extrême qu’on peut suspecter d’avoir affaire à une parodie du genre romanesque traditionnel. C’est plus particulièrement la veine épique qui semble ici tournée en dérision, alors que la critique se focalise sur le personnage du Baron, lequel incarne une noblesse d’épée porteuse des valeurshéroïques mais crispée sur ses privilèges.

Problématique – Axes de lecture
Mais les cibles de la satire voltairienne sont nombreuses et ce sera un des enjeux de notre lecture que de les identifier. Il faudra ainsi se demander si, le Baron étant aussi jésuite, l’auteur ne s’attaque pas du même coup au pouvoir religieux. Se demander encore si Candide n’est qu’un révélateur des dysfonctionnements de lasociété, si à ce titre il est épargné par la critique voltairienne : doit-on ici en faire un porte-parole de l’auteur lorsqu’il s’écrie que « tous les hommes sont égaux » ? Quelle force agissante (et quelle forme littéraire) dans Candide peut échapper à la généralisation de l’ironie grinçante de Voltaire

Développement

I – L’effusion des retrouvailles – Candide et le baron réunis

Enpeignant d’abord les interminables témoignages d’affection que le Baron adresse à Candide (embrassades et douces apostrophes), Voltaire prépare un rire rétrospectif. Cette belle amitié en effet ne résistera pas à la première idée avancée par Candide. La double apostrophe dont le révérend gratifie son compatriote ne manquera pas non plus de faire sourire le lecteur : érigé symboliquement en « frère »,Candide ne sera pourtant pas agréé par le Baron comme « beau-frère » par la suite; reconnu avec une certaine emphase religieuse comme « sauveur », il transpercera bientôt de son épée le jésuite. Ainsi s’exerce l’ironie du conteur. Excessive, cette affection est peut-être aussi ambiguë : on sait que le jeune baron doit sa position de pouvoir à la passion homosexuelle d’un révérend père jésuite. Lapériphrase modale à l’imparfait duratif (« ne pouvait se lasser de »), en soulignant la durée anormale du contact entre les deux hommes, pourrait bien prolonger l’allusion anticléricale aux passions souvent dénoncées des jésuites.
Néanmoins dans ce passage, l’accent est mis sur la dominante burlesque du personnage du baron, dans le cadre d’une parodie du romanesque épique. Dans un élan chevaleresquesouligné par l’interjection « Ah ! », le baron de Thunder-ten-tronckh envisage de faire une alliance strictement militaire avec Candide, afin de « reprendre » sa sœur Cunégonde, caricature d’Hélène prisonnière d’une Troie de pacotille, Buenos-Ayres. En une courte allocution, il enrôle le jeune homme dans son opération, l’amadouant par une apostrophe affectueuse (« mon cher Candide »), et...
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