Voltaire et les affaires

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  • Publié le : 24 mars 2011
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Affaire CALAS
Le 12 octobre 1761, Marc-Antoine Calas, fils aîné d'un commerçant protestant de Toulouse, était trouvé pendu dans le magasin de son père. Suicide ou crime, cette mort demeure une énigme judiciaire. Il semble que le jeune Calas fut assassiné, mais non pas par les siens, ni pour des motifs religieux. L'enquête est faussée dès le départ par un préjugé anti-protestant : la rumeurpublique veut que Marc-Antoine ait désiré se faire catholique et que ses parents l'aient tué pour cette raison. Jean Calas, le père, est condamné à mort et périt sur la roue, en 1762.
VOLTAIRE croit tout d'abord à la culpabilité des Calas et à un excès du fanatisme huguenot. Mais les contradictions du jugement modifient son opinion. Convaincu de l'innocence du père supplicié, il prend l'affaire enmains : il écrit son Traité sur la Tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas (1763). L'arrêt du Parlement de Toulouse est cassé en 1764 et Jean Calas réhabilité en 1765.
Affaire SIRVEN
L'affaire Sirven constitue la réplique de l'affaire Calas, à cette différence près qu'il s'agit de la fille de l'accusé. Mais les Sirven réussissent à s'échapper à temps et s'enfuient auprès de Voltaire, àFerney. Condamnés à être pendus, ils sont exécutés en effigie. Le philosophe diffère le lancement de cette affaire jusqu'au succès de sa campagne en faveur des Calas, par crainte que les deux causes ne se nuisent. Il alerte en mars 1765 Damilaville, son infatigable relais parisien, puis rédige son Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven, envoyé à Frédéric II, à divers princesrégnants et à ses amis parisiens, en leur demandant de contribuer à la souscription qu'il lance pour les Sirven. L'appel présenté en 1766 au Conseil du Roi est rejeté. Il faudra sept années de lutte pour que le nouveau parlement installé à Toulouse en 1771 par le Chancelier Maupeou acquitte les Sirven.
à M. Damilaville
à Ferney, 1er mars 1765
Il semble qu'il y ait dans le Languedoc une furieinfernale amenée autrefois par les inquisiteurs à la suite de Simon de Montfort1, et que depuis ce temps elle secoue quelquefois son flambeau.
Un feudiste2 de Castres, nommé Sirven, avait trois filles. Comme la religion de cette famille est la prétendue réformée, on enlève, entre les bras de sa femme, la plus jeune de leurs filles. On la met dans un couvent ; on la fouette pour lui mieux apprendreson catéchisme ; elle devient folle ; elle va se jeter dans un puits, à une lieue de la maison de son père. Aussitôt, les zélés ne doutent pas que le père, la mère et les sœurs n'aient noyé cet enfant. Il passait pour constant, chez les catholiques de la province, qu'un des points capitaux de la religion protestante est que les pères et mères sont tenus de pendre, d'égorger ou de noyer tous leursenfants qu'ils soupçonneront avoir quelque penchant pour la religion romaine. C'était précisément le temps où les Calas étaient aux fers, et où l'on dressait leur échafaud.
L'aventure de la fille noyée parvint incontinent à Toulouse. Voilà un nouvel exemple, s'écrie-t-on, d'un père et d'une mère parricides. La fureur publique s'en augmente ; on roue Calas, et on décrète Sirven, sa femme et sesfilles. Sirven épouvanté n'a que le temps de fuir avec toute sa famille malade. Ils marchent à pied, dénués de tout secours, à travers des montagnes escarpées, alors couvertes de neige. Une de ses filles accouche parmi les glaçons ; et, mourante, elle emporte son enfant mourant dans ses bras : ils prennent enfin leur chemin vers la Suisse.
Le même hasard qui m'amena les enfants de Calas veutencore que les Sirven s'adressent à moi. Figurez-vous, mon ami, quatre moutons que des bouchers accusent d'avoir mangé un agneau ; voilà ce que je vis. Il m'est impossible de vous peindre tant d'innocence et tant de malheurs.
VOLTAIRE, Lettre à Damilaville, 1er mars 1765
1. Chef de la croisade contre les Albigeois.
2. Conservateur des registres féodaux.
Affaire La Barre
Un juge d'Abbeville...
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