Voltaire et pascal

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  • Publié le : 24 juin 2010
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Voltaire et Pascal.

Introduction :

Voltaire devait un jour rencontrer sur sa route Pascal, en qui va se résumer à ses yeux tout ce qui fait obstacle à l’épanouissement et au bonheur de l’homme sur terre. Comment, s’apprêtant à chanter dans le Mondain la joie de vivre dans une société civilisée et raffinée, ne s’opposerait-il pas à ce héros du Jansénisme ? On comprendqu’il ait ajouté à ses Lettres philosophiques , où il célèbre la découverte de la liberté qu’il vient d’expérimenter en Angleterre, un addendum concernant Pascal. Il y songe dans une lettre écrite aux alentours du 1er juin 1733 à son ami Formont, dans laquelle il s’exprime en ces termes : « Je viens de relire ces Lettres anglaises, moitié frivoles, moitié scientifiques. Me conseilleriez-vous d’yajouter quelques petites réflexions détachées sur les Pensées de Pascal ? Il y a déjà longtemps que j’ai envie de combattre ce géant. Il n’y a guerrier si bien armé qu’on ne puisse percer au défaut de la cuirasse ; et je vous avoue que si, malgré ma faiblesse, je pouvais porter quelques coups à ce vainqueur de tant d’esprits, et secouer le joug dont il les a affublés, j’oserais presque dire avecLucrèce
Quare superstitio pedibus subjecta vicissim
Obteritur, nos exaequat victoria caelo . »
L’Angleterre a révélé à Voltaire la possibilité, relativement optimiste, d’une société où il fasse bon vivre pour un homme de goût épris de liberté : Voltaire est, en effet, plus intéressé par la vie mondaine ( dans les deuxacceptions du terme ! ) que par un ascétisme mystique. L’enjeu n’est pas tant de triompher sur un adversaire prestigieux que de contrecarrer son influence. Ainsi de nouvelles remarques s’ajouteront-elles en 1742 aux 57 premières, et un an avant sa mort, en 1777, Voltaire rassemblera encore 94 autres remarques : « De tant de disputeurs éternels, Pascal est seul resté, parce que seul il était un homme degénie ; il est encore debout sur les ruines de son siècle . »

Ce que veut en définitive Voltaire - il le dit explicitement dans une de ses lettres -, c’est en finir avec Pascal : « Attends, attends, je vais te régler ton compte ! ». Car, pour un esprit éclairé du XVIII° siècle, Pascal est un être asocial, un «  misanthrope sublime  », prêchant des dogmes absurdes etincompréhensibles, adorateur d’un dieu cruel et despotique ( celui précisément que Pascal nomme le « Dieu caché », Deus absconditus ). Voltaire, qui a été élevé dans une famille de tendance janséniste, a connu cette hantise du Dieu cruel, caché et tyrannique ; c’est cette image qu’il a tenté d’exorciser dans sa tragédie d’Œdipe, qui est un essai pour rationaliser et humaniser ce Dieu lointain. L’écrivain nepeut admettre l’idée d’un Dieu avec lequel on ne pourrait pas communiquer, qui serait implacable dans ses arrêts et qui frapperait aveuglément les hommes. En choisissant Œdipe, Voltaire nous montre un homme frappé le plus cruellement possible et condamné à commettre sans le savoir les crimes les plus horribles. Cette image de la divinité et de la condition humaine, Voltaire la refuse, et il fuit dansle libertinage l’atmosphère étouffante du jansénisme familial.
Le libertin que Pascal veut convertir se rapproche par bien des côtés de l’homme du monde du XVIII° siècle, aimant vivre, rire, fréquenter les salons, profiter de tous les agréments de la civilisation. On comprend ainsi que Voltaire se soit insurgé contre le tableau de la misère de l’homme, et contre la vision d’undieu caché et cruel, auxquels il opposera respectivement le tableau d’une humanité heureuse et à sa place sur terre, et une représentation déiste de la divinité.
Les Pensées ne pouvaient plus avoir cours en un siècle où les hommes, confiants en un Dieu lointain et facile, en une science indéfiniment bienfaisante, n’avaient plus besoin de la médiation du Christ. C’est à...
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