Voltaire, histoire des voyages de scarmentado écrite par lui-même (1756)

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  • Publié le : 13 novembre 2011
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Voltaire, philosophe du XVIIIe siècle ayant appartenu au mouvement des Lumières, s’est toujours intéressé à critiquer les préjugés, à combattre l’intolérance, le fanatisme et les dogmes. Dans cet extrait des Histoire des voyages de Scarmentado (1756), l’auteur met en scène un jeune voyageur qui traverse le monde et qui arrive en Espagne. Scarmentado se trouve plongé au cœur d’un épisode terrible: un autodafé prononcé par un tribunal de l’Inquisition. Dans notre étude, nous nous attacherons à montrer comment Voltaire, tout en jouant de la fiction romanesque et pittoresque (premier axe), nous livre sur le mode ironique (deuxième axe) une critique amère de ses cibles préférées (dernier axe).

Développement

Premier axe : une scène pittoresque
Voltaire dépayse son lecteur en multipliantles scènes pittoresques, les touches de couleur locale, les éléments documentaires (annonce des arguments de l’axe).
Le cadre exotique de cette aventure tient d’abord à quelques éléments proprement espagnols : les « alguazils », des officiers de police, la « Sainte Hermandad », police secrète de l’Inquisition, les orangers, les citronniers, sont autant de termes qui ont une couleur auditive quiparle d’un ailleurs. L’organisation de la procession est très fidèle à la réalité historique de ce genre de cérémonie : cortège de moines, bourreau, police, condamnés. Les tenues des condamnés sont ici « des sacs » qui sont tout à fait conformes aux gravures dont on peut disposer, peints avec « des diables et flammes ». Les précisions sur les condamnés et le motif de leur condamnation s’inspirentdes pratiques de l’époque. L’Espagne comptait un nombre important de juifs et le roi Philippe II intensifia la répression contre eux. Voltaire fait œuvre de témoin. Ses descriptions vont à l’essentiel, sans détails inutiles mais avec une grande précision : « allée d’orangers et de citronniers, une espèce de lice immense entourée de gradins couverts d’étoffes précieuses ». Après avoir dressé lecadre de l’autodafé, Scarmentado en décrit les acteurs. On trouve la même précision pour décrire le cachot « meublé d’un lit de natte et d’un beau crucifix » ou pour désigner l’attitude des inquisiteurs : « Ils m’embrassèrent ». Scarmentado décrit le cortège selon son point de vue à l’époque des faits. La focalisation interne (l’étude des points de vue est essentielle) donne à voir la scène àtravers son regard et nous sommes, avec lui, placés dans la foule. Le nombre des moines est à la fois traduit par « armée » mais aussi par l’énumération des différents habits hétéroclites dans une suite de juxtapositions : « blancs, noirs, gris, chaussés, déchaussés, avec barbe… »
Transition : Le conteur se sert de ces péripéties, de cette couleur locale pour nous mettre au cœur de l’action, et lephilosophe pour nous donner des leçons de sagesse à travers le miroir déformant de l’ironie.

Deuxième axe : l’ironie
Parler avec légèreté de ce qui est grave, dire le contraire de ce qu’on pense pour faire comprendre son véritable point de vue, voilà la marque de l’ironie voltairienne, arme efficace qui utilise l’art du détour.
Scarmentado examine en spectateur curieux et candide la diversitédes usages et des croyances des hommes. Il les enregistre ici, même les plus horribles, avec une impassibilité étonnante sans faire de réflexion sur ce qu’il voit : « je m’imaginais que nous allions voir quelque carrousel ou quelque fête de taureaux ». Au détour d’une phrase, cependant, il se laisse aller à un commentaire qui, sans en avoir l’air, fait tomber les masques. Les détailscontradictoires qui décrivent les moines laissent voir un défilé de pantins mécaniques et cocasses. Avec une naïveté exemplaire, Scarmentado ne réagit pas devant l’horreur des supplices auxquels il assiste ou aux menaces qui pèsent sur lui. Avec une candeur qui témoigne de son manque d’expérience face aux travers des hommes, il exprime à contretemps des considérations positives là où elles sont déplacées :...
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