Voltaire

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1888 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 janvier 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Séquence 6 : Voltaire, L’Ingénu, chapitre XVI, p.94-95 « Elle consulte un jésuite »

Texte :

16
Elle consulte un jésuite

Dès que la belle et désolée Saint-Yves fut avec son bon
confesseur, elle lui confia qu'un homme puissant et volup-
tueux lui proposait de faire sortir de prison celui qu'elle devait
épouserlégitimement, et qu'il demandait un grand prix de son
service ; qu'elle avait une répugnance horrible pour une telle
infidélité, et que, s'il ne s'agissait que de sa propre vie, elle la
sacrifierait plutôt que de succomber.
« Voilà un abominable pécheur ! lui dit le père Tout-à-tous.
Vous devriez bien me dire lenom de ce vilain homme : c'est à
coup sûr quelque janséniste ; je le dénoncerai à Sa Révérence le
père de La Chaise, qui le fera mettre dans le gîte où est à pré-
sent la chère personne que vous devez épouser. »
La pauvre fille, après un long embarras et de grandes irréso
-lutions, lui nomma enfinSaint-Pouange.
« Monseigneur de Saint-Pouange ! s'écria le jésuite ; ah ! ma
fille, c'est tout autre chose ; il est cousin du plus grand ministre
que nous ayons jamais eu, homme de bien, protecteur de la
bonne cause, bon chrétien ; il ne peut avoir eu une telle pensée ;
il faut que vous ayez mal entendu. - Ah ! monpère, je n'ai
entendu que trop bien ; je suis perdue, quoi que je fasse ; je n'ai
que le choix du malheur et de la honte : il faut que mon amant
reste enseveli tout vivant, ou que je me rende indigne de vivre.
Je ne puis le laisser périr, et je ne puis le sauver. »
Le père Tout-à-tous tâcha de la calmer parces douces paroles :
« Premièrement, ma fille, ne dites jamais ce mot, mon
amant ; il a quelque chose de mondain1 qui pourrait offenser
Dieu. Dites : mon mari; car, bien qu'il ne le soit pas encore,
vous le regardez comme tel, et rien n'est plus honnête.
« Secondement, bien qu'il soit votre époux enidée, en espé
-rance, il ne l'est pas en effet : ainsi vous ne commettriez pas un
adultère, péché énorme qu'il faut toujours éviter autant qu'il est
possible.
« Troisièmement, actions ne sont pas d'une malice de
coulpe quand l'intention est pure, et rien n'est plus pur que de
délivrer vôtremari.
« Quatrièmement, vous avez des exemples dans la sainte anti-
quité, qui peuvent merveilleusement servir à votre conduite.
Eléments d'introduction :

Situation : Après des propositions peu honnêtes, Melle de Saint-Yves a besoin des conseils de la religion. Elle s'adresse en toute confiance à son "bon confesseur".sur les recommandations pressantes deson amie dévote (cf. fin du ch. XV)

Thème général : Ce chapitre relate l'entretien de la jeune fille avec le jésuite; c'est l'occasion, pour Voltaire, de dénoncer par le portrait du père Tout-à-Tous l'hypocrisie des jésuites, les créatures de "l'Infâme".

Axes d’étude : Le portrait du jésuite, la satire de leur méthode (la casuistique), le malheur de Melle de Saint-Yves.

- l'ingénun'apparaît pas il y a une grande critique du jésuite.
- registre satirique puis pathétique

Ce texte constitue la dénonciation par le portrait du père tout atout, de l'hypocrisie des jésuites. Il est capable de transformer son raisonnement selon la citation pour arriver à ses fins. Ce type d'argumentation à l'apparence logique mais d'un contenu injuste s'appelle la casuistique (honnête mais a été...
tracking img