Voltaire

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  • Publié le : 3 juin 2010
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Repères



Les allusions à l’histoire contemporaine : pour trouver l’illustration la plus efficace des démentis apportés à l’optimisme et la manifestation la plus courante du mal, Voltaire n’a pas eu à chercher bien loin. De 1756 à 1763, la guerre de Sept ans fait rage en Europe, avec son cortège d’horreurs. Les enrôlements forcés entraînent d’innombrables désertions, punies de châtimentscorporels dont le chapitre II se fait l’écho. Les massacres de populations civiles sont fréquents. Le chapitre III pouvait ainsi apparaître aux lecteurs de l’époque comme en étroite liaison avec la réalité historique et politique, elle-même complétée par l’expérience du voyage de Voltaire en Prusse en 1750-1752.



La dénonciation de l’optimisme ne peut se faire de manière efficace qu’à lalumière d’une réalité contemporaine dont l’horreur ne fait aucun doute.



*





Présentation du texte :



Après son expulsion du « paradis », le premier malheur de Candide, ayant été de se faire enrôler de force, il semblait inévitable qu’il ait à expérimenter la guerre. C’est pour Voltaire l’occasion de concilier les impératifs logiques du conte (une succession d’épisodesauxquels est mêlé le jeune héros) et les objectifs philosophiques (montrer que rien n’est « pour le mieux »). Le chapitre III fait donc de Candide le « héros » malgré lui d’un épisode de la guerre entre les Abares et les Bulgares. Ce choix permet à Voltaire, à travers une double vision, faussement élogieuse d’abord, puis réaliste, de dénoncer une pratique qu’il a déjà violemment stigmatisée dansMicromégas et qu’il dénoncera encore dans son Dictionnaire philosophique.



La dénonciation se fait essentiellement à travers deux procédés : le spectacle des armées rangées, puis en action est l’occasion d’un tableau esthétique où la violence se trouve valorisée également par un curieux effet de comptabilité arithmétique. Ensuite, l’envers du tableau donne la réalité de la guerre et le sortdes populations civiles : de l’ordre et de l’esthétique, on passe au désordre et à l’horreur. Ainsi se trouve mise en relief l’opposition, qui parcourt le conte, entre la vision philosophique (celle que Pangloss a transmise à Candide) et la vision réaliste (celle que Candide découvre seul), qui apporte un dément flagrant à la première.



Problématique :



On pourra montrer comment lesjeux d’oppositions et de points de vue permettent à Voltaire de rendre sa critique de la guerre particulièrement efficace.







I) LA VALORISATION DE LA GUERRE :



UNE VISION ESTHETIQUE ET « PHILOSOPHIQUE »



Le texte s’ouvre sur une vision esthétique, celle des armées rangées en ligne de bataille. L’accent est mis sur l’aspect héroïque et sur unevision « philosophique » qui permet la justification de la « boucherie ».



a) L’aspect esthétique :



– Les termes valorisants : quatre adjectifs élogieux intensifiés par « si » (l.1), allant de la beauté à l’ordre, en passant par l’élégance et la lumière. Il s’agit d’un véritable spectacle, d’un tableau.



– L’insistance sur l‘harmonie : énumération de quatreinstruments de musique (l.2-3), utilisation du terme « harmonie ». Il s’agit ici d’un véritable concert.



b) Un massacre justifié :



– Moralement et socialement : le choix du terme « coquins » (l.7) et du verbe « infectaient » présente les victimes comme des « mauvais » dont la disparition est une bonne chose.



– Philosophiquement : l’expression « laraison suffisante » (l.8) qui appartient au vocabulaire de Pangloss, fait entrer la guerre dans un système où l’on retrouve les causes et les effets. Cela peut suffire pour que la mort trouve aussitôt sa justification.



c) Une logique comptable : énumération de chiffres s’intégrant peu à peu dans un total donné à la fin (l.9), sans aucune émotion particulière (« six mille hommes de...
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