Vous et moi, tout le temps

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Classes préparatoires scientifiques
Programme littéraire
1999/2000
M. Le Guen

Lecture du Ménon

Introduction
A/ Généralités sur le platonisme
Platonisme ou socratisme ?
La première difficulté que l’on rencontre en lisant un texte de Platon, c'est de savoir s’il exprime la pensée de Socrate ou celle dePlaton. De la tradition, on retiendra que les premiers dialogues de Platon (de l'Hippias au Banquet) présentent la pensée de Socrate, et que le personnage Socrate dans ces dialogues est le personnage historique. Dans les dialogues suivants, Socrate serait un personnage fictif, et la pensée celle d’un Platon libéré de la tutelle de son maître. Ce problème n'est pas seulement une question historiqueou de paternité des œuvres. En effet cette distinction induit deux types de lecture possibles des premiers dialogues. Soit que l'on considère qu'ils présentent un platonisme en gestation, dont la réalisation finale serait à rechercher dans les dialogues de la seconde époque, soit ils constituent un témoignage sur une pensée originale, celle de Socrate, que l'on considèrera en elle-même etindépendamment de ses avatars futurs dans le platonisme. J'ai choisi, dans la lecture qui suit cette seconde option. Le texte du Ménon entretient d'ailleurs une filiations étroite avec les autres dialogues qui l'encadrent dans la chronologie de l'œuvre de Platon, suffisante pour qu'on puisse, à partir de ce texte, nous faire une idée de la philosophie authentiquement socratique. Nous nous interdirons donc,dans la mesure du possible, de nous référer aux œuvres de la seconde époque.

un conseil : pour bien comprendre ce qui suit, lisez d’abord les textes du « petit recueil de textes » avant de lire les commentaires ci-dessous

Un mythe fondateur : la naissance d'Eros( Cf. infra « Petit Recueil de textes », texte 1.1 «Le mythe de la naissance d'Eros » p. I)
Aucun des dieux ne philosophe et nedésire devenir savant, car il l'est: et, en général, si l'on est savant, on ne philosophe pas: les ignorants non plus ne philosophent pas et ne désirent pas devenir savants: car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n'ayant ni beauté, ni bonté, ni science, on s'en croit suffisamment pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d'une chose, on ne la désire pas.

On retiendra de la généalogied' Eros, le démon de l’amour, qu'il participe, par sa mère Pénia, déesse de la pénurie, de la pauvreté, et par son père, Poros, Dieu de l'abondance, d'inépuisables ressources. Le parrainage d'Aphrodite le place sous la marque du beau ; en bref, Eros est une métaphore du désir. Comme lui il est aussi riche en espérances que pauvre en satisfactions durables. Tout désir recèle une contradiction,entre l'insatisfaction de ce que son assouvissement nous laisse, et l'immensité de l'espérance que nous placions en lui. La connaissance débute donc pour Platon par la reconnaissance initiale d'un manque, reconnaissance qui doit sans cesse être répétée tout au long de la progression dialectique. Il s'ensuit que la véritable ignorance est pour lui non pas l'absence de savoir, mais le pseudo savoir :croire que l'on sait nous dispense de chercher. On connaît l'anecdote du jeune enfant et de Socrate : il lui demande "sais-tu où est l'Acropole ?" "Non, Socrate, je l'ignore..." Alors tu sais au moins une chose, c'est que tu ne sais pas, et ceci est le commencement de la science".
On notera que, dans le Ménon, Ménon et Anytos ne peuvent progresser dans le savoir, faute de reconnaître leurignorance primitive. Tous deux sont aveuglés par un pseudo savoir, qu'il faudra identifier.

Dialectique et philosophie : le mythe de la caverne( Cf. infra « Petit Recueil de textes », texte 1.2 «Le mythe de la caverne » p. I)
La mise en œuvre de cette progression contradictoire du désir constitue la dialectique. Le mythe de la Caverne nous en fournit une métaphore. Les prisonniers n'ont...
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