Voyage au bout de la nuit, la pourriture du monde colonialiste

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 2 (467 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 novembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Nous trinquâmes à sa santé sur le comptoir au milieu des clients
noirs qui en bavaient d'envie. Les clients c'étaient des indigènes assez
délurés pour oser s'approcher de nous les Blancs, unesélection en
somme. Les autres nègres (1), moins dessalés (2), préféraient demeurer
à distance. L'instinct. Mais les plus dégourdis, les plus contaminés,
devenaient des commis de magasin.
Il n'osaitpas entrer le sauvage. Un des commis indigènes l'invitait
pourtant : « Viens, bougnoule (3) ! Viens voir ici! Nous y a pas bouffer
sauvage (4) ! » Ce langage finit par les décider. Ils pénétrèrentdans la
cagna (5) cuisante au fond de laquelle tempêtait notre homme au
« corocoro ».
C'était la première fois qu'ils venaient comme ça tous ensemble de
la forêt, vers les Blancs en ville. Ilsavaient dû s'y mettre depuis bien
longtemps les uns et les autres pour récolter tout ce caoutchouc-là. Alors
forcément le résultat les intéressait tous. C'est long à suinter le
caoutchouc dans les petitsgodets qu'on accroche au tronc des arbres.
Souvent, on n'en a pas plein un petit verre en deux mois.
Pesée faite, notre gratteur (6) entraîna le père, éberlué, derrière son
comptoir et avec uncrayon lui fit son compte et puis lui enferma dans le
creux de la main quelques pièces en argent. Et puis : « Va-t'en! qu'il lui a
dit comme ça. C'est ton compte !... »
Tous les petits amis blancss'en tordaient de rigolade, tellement il
avait bien mené son business. Le nègre restait planté penaud devant le
comptoir avec son petit caleçon orange autour du sexe.
« Toi, y a pas savoir argent?Sauvage alors? que l'interpelle pour le
réveiller l'un de nos commis, débrouillard, habitué et bien dressé sans
doute à ces transactions péremptoires (8). Toi y en a pas parler « francé
» dis ? Toi yen a gorille encore hein ?... Toi y en a parler quoi hein ? Kous
Kous ? Mabillia (9) ? Toi y en a couillon ! Bushman (10) ! Plein couillon
(11) !
Le père nègre hésitait à s'en aller avec ce...
tracking img