Zadig et la femme arabe

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  • Publié le : 27 juin 2010
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Il y avait alors dans l’Arabie une coutume affreuse, venue originairement de

Scythie, et qui, s’étant établie dans les Indes par le crédit des brachmanes

menaçait d’envahir toutl’orient. Lorsqu’un homme marié était mort, et que sa

femme bien-aimée voulait être sainte, elle se brûlait en public sur le corps de son

5. mari. C’était une fête solennelle qui s’appelaitle bûcher du veuvage. La tribu

dans laquelle il y avait eu le plus de femmes brûlées était la plus considérée.

Un Arabe de la tribu de Sétoc étant mort, sa veuve, nommée Almona,qui était fort

dévote, fit savoir le jour et l’heure où elle se jetterait dans le feu au son des tam-

bours et des trompettes. Zadig remontra à Sétoc combien cette horrible cou-10. tume était contraire au bien du genre humain; qu’on laissait brûler tous

les jours de jeunes veuves qui pouvaient donner des enfants à l’État, ou du moins

élever les leurs; et ille fit convenir qu’il fallait, si l’on pouvait

abolir un usage si barbare. Sétoc répondit: « Il y a plus

de mille ans que les femmes sont en possession de

15. se brûler. Qui denous osera changer une loi

que le temps a consacrée? Y a-t-il rien

de plus respectable qu’un ancien abus? — La

raison est plus ancienne, reprit Zadig.

Parlezaux chefs des tribus, et je vais trou-

20. ver la jeune veuve. »

Il se fit présenter à elle; et après s’être

insinué dans son esprit par des louanges sur

sa beauté, aprèslui avoir dit combien c’était

dommage de mettre au feu tant de charmes, il la

25. loua encore sur sa constance et son courage.

«Vous aimiez donc prodigieusement votre mari? luidit-il.

— Moi? point du tout, répondit la dame arabe. C’était un brutal, un jaloux, un

homme insupportable; mais je suis fermement résolue de me jeter sur son

bûcher....
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