Zola la bete humaine extrait chapitrex analyse

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  • Publié le : 24 mars 2011
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La Bête humaine ( 1890 ) , Emile Zola
Commentaire Littéraire : extrait du chapitre X ( la « mort » de la Lison )

Passage
« E lle, la Lison, il la reconnaissait bien, et elle lui rappelait tout, les deux pierres en travers de la voie, l'abominable secousse, ce broiement qu'il avait senti à la fois en elle et en lui, dont lui ressuscitait, tandis qu'elle, sûrement, allait en mourir. Ellen'était point coupable de s'être montrée rétive ; car, depuis sa maladie contractée dans la neige, il n'y avait pas de sa faute, si elle était moins alerte ; sans compter que l'âge arrive, qui alourdit les membres et durcit les jointures. Aussi lui pardonnait-il volontiers, débordé d'un gros chagrin, à la voir blessée à mort, en agonie. La pauvre Lison n'en avait plus que pour quelques minutes. Elle serefroidissait, les braises de son foyer tombaient en cendre, le souffle qui s'était échappé si violemment de ses flancs ouverts, s'achevait en une petite plainte d'enfant qui pleure.
Souillée de terre et de bave, elle toujours si luisante, vautrée sur le dos, dans une mare noire de charbon, elle avait la fin tragique d'une bête de luxe qu'un accident foudroie en pleine rue. Un instant, on avaitpu voir, par ses entrailles crevées, fonctionner ses organes, les pistons battre comme deux cœurs jumeaux, la vapeur circuler dans les tiroirs comme le sang de ses veines ; mais, pareilles à des bras convulsifs, les bielles n'avaient plus que des tressaillements, les révoltes dernières de la vie ; et son âme s'en allait avec la force qui la faisait vivante, cette haleine immense dont elle neparvenait pas à se vider toute. La géante éventrée s'apaisa encore, s'endormit peu à peu d'un sommeil très doux, finit par se taire. Elle était morte. Et le tas de fer, d'acier et de cuivre, qu'elle laissait là, ce colosse broyé, avec son tronc fendu, ses membres épars, ses organes meurtris, mis au plein jour, prenait l'affreuse tristesse d'un cadavre humain, énorme, de tout un monde qui avait vécu etd'où la vie venait d'être arrachée, dans la douleur. »

Commentaire Littéraire

Introduction : Dans la lignée du Balzac de La Comédie Humaine, Emile Zola, romancier naturaliste, a voulu peindre tous les milieux sociaux du Second Empire, à travers l'histoire d'une famille sur plusieurs générations, Les Rougon-Macquart. Le roman La Bête Humaine (1890) sera ainsi consacré au chemin de fer et àJacques Lantier chez qui la « fêlure héréditaire » va se transformer en folie criminelle. Ce passage, situé au chapitre X, est l'un des plus célébres du roman: La locomotive, La Lison, dont Jacques est le mécanicien, vient de dérailler : l'accident a été provoqué par une jeune femme, Flore, amoureuse de Lantier et jalouse de Séverine, la maîtresse de Jacques qui voyage dans l'express. La catastropheest spectaculaire, mais Jacques, blessé, est indemne. Il vient à peine de reprendre conscience et, indifférent aux deux femmes agenouillés prés de lui, ne voit que l'état pitoyable de sa machine. Nous allons montrer comment se mêle à l'évocation réaliste d'une catastrophe ferroviaire une scène particulièrement émouvante. Pour cela, nous verrons d'abord que La Lison est un véritable personnage,puis nous étudierons l'évocation d'une agonie que Zola transforme en scène véritablement pathétique.

I ) La Lison

A ) La machine

Il y'a d'abord une description précise qui repose sur une documentation détaillé, conforme à la démarche du romancier naturaliste qui s'est renseigné sur les accidents ferroviaire, dont l'un survenu en 1889. On remarque l'emploi d'un lexique technique, tel quel'utiliserait un expert pour désigner l'intérieur de la locomotive à vapeur : «  les braises » , « foyer », « mare noire de charbon », « on avait pu voir... les pistons battre... la vapeur circuler dans les tiroirs », « les bielles » ; pour l'extérieur : « tas de fer, d'acier et de cuivre »,

B) Un personnage romanesque

1) « La bête humaine » : pendant tout le roman, la locomotive est...
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