Zola

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  • Publié le : 11 avril 2010
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Commentaire de La curée de Zola

I. Le lieu

L’hôtel Saccard

Le monde d’Aristide Saccard est celui de l’hôtel du Parc Monceau dont la couleur prédominante est l’or. Son « perron royal », ses « glands d’or » et ses lanternes exhibent l’éclat ostentatoire de la richesse de Saccard. A Monceau, tout n’est qu’« un étalage, une profusion, un écrasement de richesses » (chapitre 1). Nouveau richeà l’image de ces bourgeois qui prennent le pouvoir sous le Second Empire, Saccard étale sa fortune sans retenue et entend en profiter. Ainsi, l’hôtel du Parc Monceau est cet « appartement de tapage, d’affaires et de plaisirs, où la vie moderne, avec son bruit d’or sonnant, de toilettes froissées, s’engouffre comme un coup de vent » (chapitre 3). Monceau est donc le paradis des plaisirs mondains,de la luxure, de la dépravation morale et de la « vie à outrance » (chapitre 2). Enfin, l’hôtel Saccard est un espace politique, celui où se montrent les soutiens de l’Empire, ses ministres et ses notables (chapitre 6).

L’hôtel Béraud du Châtel

Appartenant au père de Renée, l’hôtel Béraud est l’exact contrepoint de l’hôtel Saccard. La tante Elisabeth et la sœur de Renée, Christine, y ontrésidé. Tout respire la respectable vétusté. Appartenant à la « vieille bourgeoisie », Béraud est l’un des « derniers représentants d’une ancienne famille bourgeoise dont les titres remontaient plus haut que ceux de certaines familles bourgeoises ».
La couleur de cet hôtel particulier est le noir qui revêt plusieurs connotations symboliques : les murs dégagent une « gravité noire », la bâtisse auxallures de cloître une lueur « noirâtre ». Le noir est la couleur de l’austérité : tout chez les Béraud du Châtel respire la droiture. L’hôtel est ainsi perpétuellement « silencieux ». Le père de Renée vit en solitaire, retiré du monde. Celui qui, en tant que magistrat, a passé sa vie à rechercher la droiture du Bien et de la Justice entend garder cette même rigueur. L’hôtel Béraud inspire doncune crainte religieuse. Cette « maison calme et douce comme un cloître » invite ses occupants à la méditation intérieure. Renée a été profondément marquée par cet espace, comme en témoignent ces lignes du chapitre 3 : « de tête, elle était bourgeoise ; elle avait une honnêteté absolue, un amour des choses logiques, une crainte du ciel et de l’enfer, une dose énorme de préjugés. […] Elle appartenaità son père, à cette race calme et prudente où fleurissent les vertus du foyer. »
Le noir, c’est aussi la couleur de l’ancien. A cet égard, l’hôtel Béraud, situé sur l’Île Saint-Louis, reste à l’écart des travaux haussmanniens, des transformations et de la nouveauté. Ainsi, Saccard note que le père de Renée « ne sort guère que pour aller de loin en loin au Jardin des Plantes. Et encore faut-ilque je me fâche ! Il prétend qu’il se perd dans Paris, que la ville n’est plus faite pour lui » (chapitre 5).
Enfin, le noir rappelle le deuil de la Révolution et de ses idéaux que vient signer l’Empire. Au chapitre 2, un des ancêtres du maître des lieux était « compagnon d’Etienne Marcel. En 1793, son père [de Renée] mourait sur l’échafaud, après avoir salué la République de tous sesenthousiasmes de bourgeois de Paris, dans les veines duquel coulait le sang révolutionnaire de la cité. Lui-même était un de ces républicains de Sparte, rêvant un gouvernement d’entière justice et de sage liberté. » Béraud n’hésite pas à donner « sa démission de président de chambre, en 1851, lors du Coup d’Etat ». Face à la prolifération des fastueuses bâtisses de l’Empire, l’hôtel Béraud est le symbolechancelant d’une République mourante. Les deux hôtels du roman s’opposent donc en tout point : les antagonismes spatiaux, moraux et politiques expliquent que le père de Renée « ne venait jamais à l’hôtel du parc Monceau ».

II. Le temps

Le Second Empire

Le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte s’empare du pouvoir par un coup d’Etat. Prenant le nom de Napoléon III, il instaure le...
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