A quoi sert l'etat ?

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  • Publié le : 1 avril 2011
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Dissertation d'Histoire et droits des Etats:

A quoi sert l'Etat ?

« Je suis un amant fanatique de la liberté », affirme Bakounine au milieu du XIXème siècle, avant d'ajouter « non de cette liberté toute formelle, octroyée, mesurée et réglementée par l'Etat, mensonge éternel qui en réalité ne représente jamais rien que le privilège de quelques uns fondé sur l'esclavage de tout le monde ».La critique bakouninienne semble concentrer les différents reproches attribués historiquement à la forme Etatique. Celle-ci, artificielle et récente sur le plan historique, est perçue comme mensongère car, tout en se présentant comme instrument de libération et de protection de la société civile, du peuple réuni, se traduit en réalité comme un instrument de domination de la partie - celle desclasses dirigeantes- sur le tout, les gouvernés. Une critique ancienne et déjà exprimée avec force dans le célèbre Ainsi parlait Zarathoustra Nietzschéen: « L'Etat, c'est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe dans sa bouche: « Moi, l'Etat, je suis le peuple ».
Alors, à quoi peut donc être voué cet Etat dont l'existence semble contingente et nuisible à lasociété sinon à une disparition annoncée par Marx comme une véritable fin de l'histoire et du politique?
L'Etat, au delà de sa définition formelle « un territoire, un peuple et un pouvoir souverain », peut surtout être cerné à travers son étymologie. Du latin « statere », « tenir debout », il est l'organe permettant d'encadrer les rapports humains, de les canaliser, à travers un pouvoirtranscendant gouvernants comme gouvernés.
Ce « Dieu mortel » servirait alors (du latin servire: être dévoué, être esclave ») le bénéfice de la société qui sans cela serait déchirée par la violence et le chaos. En soumettant l'homme et ses appétits à une force extérieure et omnipotente, l'Etat-Leviathan parviendrait à réguler la violence du singulier à créer une société unie – même si cela ne peut êtreobtenu que par l'effroi.
L'universel de la volonté générale soumie au Leviathan dépasserait alors le singulier, et les rapports humains ne seraient plus fondés sur la violence -formelle ou non- mais par la Loi souveraine et générale, du latin « nomos », « partage ».

Néanmoins, les critiques nietzschéennes ou marxistes ne perdent pas leur pertinence face à l'application concrète du systèmeétatique. Quelques soit la forme prise par le gouvernement, république comme monarchie, démocratie comme tyrannie seront toujours le cadre de la domination d'un groupe sur le tout, même dans le cadre d'une représentation.
De fait, il semblerait que l'Etat voit la libération des hommes de la violence et des appétits singuliers remplacée par une nouvelle oppression, concentrée dans le cadre étatique.L'Etat, lieu de légitimation et d'institutionnalisation du Pouvoir, ne serait ni libérateur ni instrument d'oppression mais davantage un cadre permettant d'institutionnaliser, et de fait de canaliser, un Pouvoir, une domination de certains hommes sur d'autres, dont l'existence semble intrinsèquement liée à la Nature humaine.

I/ L'Etat, le dépassement du singulier

A. La sortie de l'Etat deviolence

La première étape de la formation de l’Etat est, selon la théorie hobbesienne, celle d’un premier pacte entre des hommes égaux vivant dans un état de Nature, qui acceptent d’abandonner une part de leur liberté originelle. L’ensemble des hommes consentant à cet abandon va alors concéder ce pouvoir à un monstre devenu tout-puissant, le Léviathan, dont la principale caractéristique est qu’il nepeut être soumis à aucun homme. Il devient ainsi « Dieu mortel », toute-puissance transcendante condensant la violence de l’Etat de Nature en son sein.

L’abandon de cette liberté originelle ne doit néanmoins pas être perçu comme une déchéance pour l’Homme selon le schéma hobbesien – opposé en cela à la thèse Rousseauiste qui lui succédera un siècle plus tard. En perdant une liberté qui...
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