A-t-on rendu justice quand on a recourt à son intime conviction ?

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  • Publié le : 20 mai 2010
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Philosophie

A-t-on rendu justice quand on a recours à son intime conviction ?

A défaut de pouvoir dire sans erreur ce qui est juste, on peut, du moins semble-t-il dire ce qu'est l'injustice, ne serait-ce que parce qu'elle est ressentie par chacun. Si, comme dirait Pascal, « l'homme est incapable de trouver le Juste », il y a à coup sûr de l'injustice, et cela notre intuition ne peut ledémentir. Chacun a ressentit l'injustice, à découvert l'injustice de façon précoce. Il n'est pas exagéré de dire que c'est par elle que l'enfant acquiert une conscience morale, c'est à dire la faculté de porter sur quelque chose un jugement de valeur. C'est dans la relation à autrui, vécue sur le mode de la comparaison et de la rivalité, à l'occasion d'un partage ou d'un classement, que naît lesentiment d'injustice. Mais la sensibilité à la justice peut s'interpréter de plusieurs façons. Elle peut témoigner de la difficulté à accepter la justice, pleine de rigueur et de sévérité et qui nous oblige au partage ou au renoncement. Elle met en évidence ce fait qu'il est plus facile de dire ce qui est injuste que ce qui est juste, comme en témoigne le premier Alcibiade de Platon. Alcibiade,persuadé de pouvoir dire ce qu'est la justice, est confronté pour finir à son ignorance. Socrate lui fait alors remarquer avec ironie « quand tu étais enfant, je t’ai souvent entendu à l’école et ailleurs, et quand tu jouais aux osselets ou à quelque autre jeu. Or tu ne balançais pas sur le juste et l’injuste ; au contraire, tu disais très haut et hardiment de tel ou tel de tes petits camarades qu’ilétait méchant, injuste et qu’il avait tort. ».
le sentiment d'injustice ne nous livre pas pour autant une connaissance positive du juste, car celle-ci est altérée par notre intérêt personnel ou renvoie à ce qui est vécu et dès lors, ne peut être universel. Or la justice est universelle, elle ne vaut pas seulement pour moi. Faire fond sur le sentiment pour déterminer ce qui est juste ou injuste, c'estrisquer de confondre son intérêt, ses désirs et la justice elle-même. Nous sommes partiaux dans nos jugements.
Cependant, ce sentiment d'injustice, nous ne l'éprouvons pas forcément pour nous-même, il peut s'étendre au proche, ou même au lointain. Nous sommes parfois scandalisés face à une injustice qui ne concerne pas nos propres intérêts. Pourtant, la générosité et la sincérité ne suffisentpas à garantir le bien-fondé de notre jugement. D'abord parce que nous sommes confrontés à des points de vue différents du notre, ensuite parce des circonstances ou des moyens par lesquels notre sensibilité est touchée. Les médias jouent ici un rôle essentiel.
Alors où trouver le Juste ? Face aux vicissitudes de nos sentiments, il y a la stabilité et la rigueur des lois.
La justice consiste àla fois dans une institution et dans une disposition morale qui vise au respect du droit, ainsi que dans une volonté d'équité, l'équité est un sentiment qui se manifeste, par exemple, lorsqu'on doit apprécier un cas particulier ou concret sans se laisser guider par les seules règles du droit. C'est une forme de justice qui prend plutôt en considération l'esprit de la loi que la loi écrite, pour entempérer les effets ou la faire évoluer si, comme dit Aristote, "elle se montre insuffisante en raison de son caractère générale". Si l'on s'interroge sur ce en quoi consiste l'exercice de la justice, il est possible d'opposer deux conceptions; celle rationaliste selon laquelle la justice reposerait sur la raison, et celle émotionnelle, selon laquelle la justice serait ancrée dans le sentiment. Sedemander si la justice peut relever du sentiment amène donc à se demander si les notions d'égalité et d'équité peuvent trouver leur origine et leur réalisation dans un sentiment naturel de dégoût pour la souffrance d'autrui ou pour tout ce qui nous semble injuste. Ne doit-on pas, au contraire, séparer fondamentalement le domaine de la justice de celui du sentiment, en disant que la justice...
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