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  • Publié le : 25 juin 2010
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Paul Adam

LE CONTE FUTUR LA GLÈBE

Éditions du Boucher

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Les textes duConte futur & de La Glèbe publiés ici sont respectivement conformes aux éditions de la Librairie de l’art indépendant (Paris, ) & de Tresse & Stock (Paris, ).

 — Éditions du Boucher , rue Rochebrune  Paris site internet : www.leboucher.com courriel : contacts@leboucher.com téléphone & télécopie : () ()     conception & réalisation : Georges Collet couverture :ibidem ISBN : ---

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Pour Ernest Kolb

Paul Adam

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  dans les lettres de son oncle le dessein d’unir Philomène au commandant de Chaclos. L’angoisse extrême qui le prit alors au cœur l’étonna d’abord. Sa cousine comptait cinq ans de plus que lui. En outre, elle avait un caractère grave, et elle agréerait certes mal les turbulences ducornette aux Guides qu’il était. Mais, à l’encontre de ces raisonnements et à mesure que le colonel, par sa correspondance, dissipait l’espoir d’une négation, Philippe apprit à connaître la douleur. L’image de la jeune fille veilla sans pitié sur la torture de son esprit amoureux. Maintenant, le voici sans force, étendu contre les coussins du wagon. Avec hébétude, il suit les maigres allures ducommandant attentif aux cent petits cartons rapportés de la capitale, et qui renferment les cadeaux de corbeille. Comment ne s’aperçoivent-ils pas de son désespoir, ni cet homme, ni le colonel ? Comment ne le virent-ils pas blêmir, lorsqu’ils entrèrent au mess des Guides en brandissant la permission obtenue de son général « pour assister à un mariage dans la famille ? » Ils ne remarquent rien, nil’atroce crispation du sourire par lequel il répond à leurs phrases joyeuses, ni la sueur qui glace ses tempes, le cuir de son bonnet de police. Le colonel commence même à dormir en paix. Aux portières le paysage déroulé lui précise dans le souvenir les heures de ce même voyage fait naguère avec elle. Son oncle était venu le chercher à l’École militaire après les examens de sortie, et,


Le Contefutur durant ce voyage, elle lui était apparue ainsi qu’une âme extraordinaire, instruite en toutes les sciences et portant sur le monde des jugements inattendus. — Oui, répond le commandant, des jugements inattendus. Elle a tout étudié, n’est-ce pas, recluse dans ce fort où l’attache la situation de son père… Il n’y a plus un mur, chez elle, qui ne soit tapissé de livres… — Voici le centre de notrepatrie, mon commandant, vous l’a-t-elle appris… ici même, où le sol ferrugineux se révèle par cette pente soudaine surgie devant les bâtisses plates des fabriques… — Le cœur de notre république du Nord ? Voyez, comme il monte, ce sol, vers le pâle firmament de brumes. Il recouvre, peu à peu, sur l’horizon les tours fumantes des distilleries et des forges. — Elle vous a confié son amour pour lespauvres ? — Elle a un extraordinaire amour pour les pauvres. — Ici, disait-elle, sur la hauteur, le pâtre vit plus heureux parce que la masse des terres abat le son des cloches industrielles, l’appel à la souffrance quotidienne des troupeaux ouvriers… — C’est une âme élue, Philippe, une âme élue… Pourrai-je lui valoir assez de bonheur ? Ils s’examinèrent ; ils écoutèrent leur silence. — Le plateau...
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