C'est une femme du monde

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  • Publié le : 28 novembre 2011
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Scène première

Un cabinet particulier dans un restaurant. Au fond, porte d’entrée donnant sur la salle où est la caisse. Portes à droite et à gauche, premier plan. Porte à gauche, deuxième plan. — Une table servie à droite, au milieu de la scène. — À gauche, un canapé. — Au fond, à gauche, une desserte. — Chaises, etc.
Alfred, puis Philomèle
Au lever du rideau, Alfred est en train de mettrele couvert sur la table placée au milieu du théâtre.
Alfred. — Voyons !… combien mettrai-je de couverts à cette table ? Deux, trois ou quatre ?… çà, c’est un jeu auquel je m’amuse souvent… je me fais, des paris à moi-même, des sommes énormes !… qu’est-ce que ça me coûte ?… puisque ça me rentre… et c’est très amusant… Voyons !… deux… c’est pour les rendez-vous d’amour… trois pour les ménages àtrois… et quatre pour les parties carrées… Allons, ce soir nous mettrons la partie carrée… D’abord, ça rapporte plus à la maison. Les tête-à-tête, ça n’est que la moitié et puis ça ne consomme pas !… Ils sont toujours pressés d’arriver au café… on pourrait même dire au pousse-café… Mettons quatre ! Dix mille francs que ce sera quatre !
Philomèle, entrant du fond avec un plateau chargé dehors-d’œuvre. — Voilà les hors-d’œuvre
Alfred, n° 1. — Philomèle !… arrive ici !…
Il l’embrasse.
Philomèle, n° 2. — Veux-tu bien te taire !… C’est lâche ! tu vois que j’ai les mains prises !
Alfred, lui pinçant la taille. — J’ai les miennes libres et j’en profite !…
Il l’embrasse.
Philomèle, donnant son plateau à Alfred qui va le déposer sur la desserte de gauche au fond. — Assez, voyons !… Si le patronnous voyait ! tu sais qu’il ne badine pas sur le… badinage !
Alfred, redescendant. — Eh bien ! quoi, badinage ! Qu’est-ce qu’il a à dire ? Est-ce que le nôtre n’est pas légitime ? Est-ce que tu n’es pas ma femme ?
Philomèle. — C’est possible !… mais ici je suis caissière et il dit qu’une caissière, ça n’est pas fait pour son mari, mais pour les clients !
Alfred. — Ouais !… Eh bien, qu’il fourredonc sa femme à la caisse, il verra si c’est fait pour les clients !…
Philomèle. — Oh ! sa femme !… Tout le monde se sauverait !
Alfred. — Ca, c’est vrai ! c’est une basilique !
Philomèle. — Et les basiliques, c’est si peu fréquenté !
Alfred. — En attendant, que je t’y prenne à badiner avec le client.
Philomèle. — Oh ! pas de danger ! Tu as vu l’autre jour le gommeux qui m’a fait desavances !… je lui ai allongé une de ces gifles !…
Alfred. — Tu as bien fait ! Seulement ce qui m’étonne, c’est que le patron ne t’ait rien dit !
Philomèle. — Le patron ! au contraire ! il m’a augmentée !
Alfred. — Allons donc !
Philomèle. — Parfaitement !… il m’a dit : une gifle ! ça excite les hommes… continuez !
Alfred. — Oui ?
Philomèle. — Tu vois donc que tu peux dormir sur les deux oreilles !Alfred. — Sans transpercer mes oreillers !… C’est tout ce qu’il me faut.
Philomèle. — Ah ! Alfred ! tu sais bien que je n’aime que toi !
Alfred — Oh ! ma petite Philomèle !
Philomèle. — Comme toi aussi, tu ne dois aimer que moi.
Alfred, s’asseyant sur le canapé et la faisant asseoir sur ses genoux. — Comment donc !
Philomèle. — Tu les as bien aimées, dis, tes deux premières femmes !
Alfred. —Mais non ! Mais non !
Philomèle. — C’est ça qui me fait enrager : quand je pense qu’une autre, que deux autres… sans compter le casuel…
Alfred. — Oh ! le casuel !…
Philomèle. — Ont été, comme ça, entre tes bras !… Non, ça me fait un effet !
Alfred. — Oh ! voyons ! tu es enfant !… D’abord, je ne les ai pas aimées tant, tant que ça !
Philomèle. — Oh ! on dit cela !…
Alfred. — Et puis enfin,puisque je suis veuf, doublement veuf !… ce qui n’est plus n’est plus ! Eh bien ! n’en parlons plus !
Philomèle. — Oh ! bien, oui ! n’en parlons plus ! Seulement tu m’aimeras bien, dis, Alfred ?
Alfred. — Mais oui ! et encore davantage !
Philomèle l’embrasse.

Scène II

Les Mêmes, Paturon
Paturon, entrant vivement du fond, il est en habit noir, avec un pardessus clair. — Oh ! pardon !...
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