L’analyse critique de la petite fille qui aimait trop les allumettes de gaétan soucis selon les théories de la lecture

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  • Publié le : 28 novembre 2009
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Introduction
Les théories de la lecture sont une approche développée durant les années 1960 qui propose une méthode interprétative d’analyse critique des œuvres littéraires privilégiant la perspective du lecteur. Il ne s’agit plus de juger les œuvres en étudiant la vie de l’auteur comme le faisait Paulhan ou encore de s’en tenir uniquement au texte pour construire son jugement critique commedans le courant formaliste. Le texte doit être envisagé en fonction de sa réception par le destinataire et des interprétations qui en découlent. Reste à savoir comment ces théories se comportent lorsqu’elles sont appliquées concrètement à l’analyse critique d’une fiction contemporaine. Est-ce que le modèle progression-cum-compréhension développé par Gervais permet de pousser plus loin l’analyselittéraire de La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy? Nous soutiendrons l’hypothèse que les « surprises narratives » résultent d’une lecture en progression. En effet, lors d’une première lecture, le lecteur se contente généralement d’une compréhension fonctionnelle, c’est-à-dire littérale. Par conséquent, le texte peut induire le lecteur en erreur en le confortant dans sesinterprétations fautives. Nous procéderons en expliquant d’abord comment l’intégration spontanée des conventions des genres littéraires peut aider le lecteur à faire des inférences au cours de sa lecture. Ensuite, nous verrons comment lors d’une lecture-en-progression la mise en intrigue peut favoriser une compréhension lacunaire et fausser les interprétations du lecteur, d’où l’occurrenced’illusions cognitives.

L’intégration spontanée
En mode de lecture-en-progression, le lecteur fait généralement peut d’inférence, car son mandat est de progresser. Cependant, certaines conditions inhérentes aux compétences et aux habitudes de lecture peuvent permettre à certains lecteurs de passer en mode de compréhension et d’émettre des hypothèses sur les possibles scénarios actanciels etévénementiels de la fiction. En fait, la capacité à faire des inférences avant et pendant la lecture dépend de l’intégration spontanée des conventions littéraires et narratives du genre par le lecteur ainsi que de ses habitudes de lecture. Comme le mentionne Gervais :
[L]e déroulement du récit repose sur un ensemble de scripts enchâssés et entremêlés et […] ce fond endo-narratif sert de support dedéroulement de la lecture et à la progression à travers le texte .
Ainsi, les lecteurs plus expérimentés seront en mesure d’émettre des hypothèses sur les scénarios possibles en se basant sur le genre littéraire de la fiction. Cependant, ceux qui possèdent peu de connaissances en ce qui a trait aux conventions littéraires des genres feront plutôt des abductions en se basant sur le contexte de lafiction.
Le titre est souvent un indice textuel permettant au lecteur d’anticiper l’univers narratif représenté dans le récit. Dans La petite fille qui aimait trop les allumettes, le titre fait implicitement référence à un conte d’Henderson : La petite fille aux allumettes. Un lecteur qui connaît ce récit en particulier en plus d’avoir une certaine expertise en ce qui a trait aux schémasreprésentant les lieux, les actions et les différents acteurs dans un conte peut s’attendre à retrouver dans le roman de Gaétan Soucy des éléments pouvant être reliés à l’imaginaire du conte. Comme le mentionne Eco, « un terme peut être interprété différemment selon le scénario auquel il revoie ». Le fait qu’elle aimait « trop » les allumettes pique la curiosité du lecteur, car cela implique latransgression d’un interdit par un enfant, celui de ne pas jouer avec les allumettes. Cependant, au début du roman le lecteur est loin de se douter de l’horreur du drame causé par celle qui a eu le malheur de jouer avec des allumettes. On ne connaît d’ailleurs pas la véritable identité du Juste Châtiment avant la page 149 du roman lorsque l’inspecteur des mines s’exclame : « - C’est horrible…c’est...