L' ironie dans les liaisons dangereuses ( laclos & frears )

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  • Publié le : 14 mars 2010
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Devoir sur table du 12 mai 09 : proposition de corrigé

1) Quelle est la place de l’ironie dans Les Liaisons dangereuses de Laclos et dans son adaptation par Stephen Frears.

Les liaisons dangereuses de Laclos et son adaptation par Stephen Frears mettent en scène deux libertins qui s’emploient à pervertir leurs victimes. Ils comparent souvent leur entreprise à une guerre ou à une partie dechasse. L’ironie est une de leurs armes et l’insigne par lequel ils se reconnaissent. Nous verrons donc d’abord quel usage Valmont et la marquise de Merteuil font de l’ironie, puis nous montrerons la place de l’ironie dans la construction du roman et du film.

L’ironie est donc d’abord présente dans la relation épistolaire qu’entretiennent Valmont et la marquise de Merteuil. Elle a pour fonctiond’établir une connivence dans leurs échanges épistolaires et s’exerce contre leurs victimes puisqu’elle vise à les moquer, à moquer leurs valeurs : elle consiste en un décalage entre la lettre de l’énoncé et son sens, décalage qu’ils peuvent déceler parce qu’ils ont le même code (Ainsi la Merteuil parle-t-elle dans la lettre 20 du « service » qu’elle veut rendre à Gercourt en éduquant Cécile). Cedécalage entre la parole et l’intention est au cœur de l’éthique libertine, ce qui apparaît très nettement a contrario lorsque Merteuil reproche Cécile de dire « tout ce qu’elle pense et rien de ce qu’elle ne pense pas » (lettre 105).
L’ironie dont ils font preuve est une forme d’ironie théâtrale : en effet, ils se conçoivent tous les deux comme des acteurs sur le grand théâtre du monde (lamarquise nous apprend dans la lettre 81 comment elle a appris à travailler sa physionomie) et ils se donnent en spectacle l’un à l’autre. La marquise par exemple joint à son récit de l’aventure avec Prévan (lettre 85), la lettre reçue de la Maréchale de*** (affligée du péril devant lequel sa « vertueuse amie » s’est trouvée) pour faire mesurer à Valmont le décalage entre le sens apparent (pour labonne société) de l’événement, et son sens véritable. Dans le film de S. Frears, ces effets sont traduits essentiellement par le jeu des acteurs par les regards qu’échangent Valmont et Merteuil incarnés par Michele Pfeiffer et John Malkovith mais aussi par les regards caméra par lesquels ils cherchent la connivence du spectateur. Leurs jeux de physionomie, très subtils et mis en valeurs par les trèsgros plans, témoigne de leur double jeu.
Il faut observer que l’ironie dont savent faire preuve les deux libertins s’exerce de plus en plus, au fur et à mesure qu’avance le roman, à leur encontre. Dès lors que la guerre se prépare entre eux, ils deviennent à la fois les destinataires et les victimes de leur ironie, dans ce qui apparaît comme une sorte de combat des chefs : Merteuil raille lesentiment amoureux que Valmont dévoile à l’égard de la présidente de Tourvel, mouche sa volonté de la posséder (« j’ai pu avoir quelquefois la prétention de remplacer tout un sérail ; mais il ne m’a jamais convenu d’en faire partie. Je croyais que vous saviez cela », lettre 127) et Valmont raille le goût que la marquise de Merteuil commence à prendre pour le chevalier Danceny.

Mais laconstruction du roman donne au lecteur tout sa place dans la communication ironique qui s’institue : le lecteur, plus encore que les deux libertins, dans la mesure où il lit toutes les lettres qui s’échangent, est celui qui décode le mieux les effets d’ironie. Il est de ce point de vue dans une parfaite connivence avec les deux libertins, ainsi qu’avec le « rédacteur » du roman. A la lecture de la lettre 48,écrite sur la croupe d’Emilie, le lecteur décèle parfaitement le double sens des paroles de Valmont puisque Laclos a pris soin de placer avant la lettre adressée à la marquise de Merteuil (lettre 47) dans laquelle il raconte sa nuit et les circonstances de l’écriture de la lettre suivante.
Bien souvent, et c’est particulièrement vrai à la fin du roman, l’ironie ne passe pas par le discours...
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