L'absurde

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  • Publié le : 14 juin 2010
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En Iran, on assimile souvent l’œuvre et la vision du monde d’Albert Camus au "mythe de Sisyphe". Personnage dont on sait qu’il fait sans cesse rouler une roche jusqu’au sommet d’une montagne, tout en sachant que celle-ci déboulera fatalement et indéfiniment la pente pour rejoindre son point de départ. L’absurdité est ainsi symboliquement illustrée. D’une certaine manière, "L’épigraphe"*, lepoème-type du poète persan contemporain, Akhavân Sales, reprend le même thème, celui de l’absurde qui, nous dit-on, informe l’univers et la vision du monde du poète. L’analogie entre ces deux visions est flagrante : ressemblance entre l’effort absurde de Sisyphe et celui des personnages de "l’épigraphe" qui s’échinent à déplacer, pareillement, une énorme roche. Akhavân concevait-il le monde dans la mêmeperspective que Camus ? Ces deux écrivains, ont-ils la même conception de l’existence ? De l’absurdité de l’existence ?
Une approche comparative du concept chez nos deux auteurs peut à ce titre s’avérer éclairant. Elle nous permettra d’inscrire le thème de l’absurde dans une double perspective (peut-être orientale et occidentale) mais surtout, de distinguer la posture existentielle de Sales, decelle, nous le constaterons, moins fataliste de Camus.
L’absurdité vient, dit Camus, de cette conception du monde selon laquelle il n’existe aucune harmonie entre l’homme et la nature ; thème, entre autres, que l’auteur a très bien exploité dans son roman l’Etranger. " L’absurde est essentiellement un divorce. Le divorce entre l’esprit qui désire et le monde qui déçoit" nous dit l’auteur du mythede Sisyphe. Le monde, par son "silence déraisonnable", laisse en suspens l’appel de l’homme. Ce dernier, curieux de comprendre le monde, se trouve confronté à son "épaisseur", voire à son étrangeté. Et de cette confrontation naît l’absurde. "Le monde nous échappe puisqu’il redevient lui-même", précise Camus. Le monde est absurde, car la nature ignore la souffrance de l’homme. Elle nous estindifférente et même "nous nie". Face à un monde qu’il considère comme vide de sens, il n’ira assurément pas chercher la signification profonde des choses. L’angoisse le guette alors au tournant, et peut-être le suicide, comme extrême issue ? "Le suicide est une méconnaissance", déclare Camus. La métaphysique, alors ? Recourir à cette dernière reviendrait, selon Camus, à manquer de courage, tandis quel’homme absurde, au fait de ses limites, se satisfait de ce qu’il a. Il sait bien que le monde ne peut rien lui offrir. Au contraire, c’est à lui d’inventer le monde. En ce sens, il accepte (et c’est une perspective existentialiste) la responsabilité de son choix, c’est-à-dire, celui de vivre. Celui qui choisit de vivre n’a, pour reprendre les termes de Camus, qu’une seule et unique issue face àl’absurde, celle de la révolte. L’absurdité nous mène ainsi à l’action : à l’homme qui n’espère pas et qui ne croit en rien, il ne reste plus qu’à se lancer dans l’action. Il est impératif d’accepter de vivre, dit Camus, c’est-à-dire, de se révolter, en regardant l’absurdité du monde sans détourner son regard. De ce point de vue, plus l’existence est absurde, plus, et c’est un paradoxe, elle attisel’instinct de vie. Dans cette optique, "l’homme est constamment présent à lui-même". L’homme est en effet sa propre fin. L’homme absurde n’appartient pas à l’avenir. Et d’ailleurs, il est bien conscient de la situation dans laquelle il se trouve. "Une fois conscient de l’absurde, il lui sera lié à jamais". Avant de rencontrer l’absurde, l’homme vit au quotidien en se fixant des buts ponctuels, avec,aussi, le souci de son avenir. Mais avec l’absurde, tout est ébranlé ; "l’absurde m’éclaire sur ce point : il n’y a pas de lendemain". D’où vient cette indifférence envers l’avenir, et cette passion qu’il éprouve vis-à-vis de l’ici et du maintenant. Il faut " vivre le plus", voilà la réponse sensée, dans l’optique de Camus, combler le vide. Il faut absolument s’attacher au temps ; le...
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