L'action

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  • Publié le : 9 novembre 2009
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L’action

Introduction

Dans cette introduction on fera en premier lieu un tour d’horizon du champ de signification du concept d’action, c’est à dire qu’on recensera non seulement les domaines où il trouve à s’employer, mais également les formes particulières qu’il adopte relativement à ses contextes d’emploi. Un roman d’aventure par exemple suppose un type d’action dont les caractèrespeuvent être communs mais aussi parfaitement étrangers à l’action qui se déploie dans les domaines moraux ou économiques, de même qu’une action concertée qui aboutit à la prise de décision dans le domaine politique n’obéit pas aux schémas explicatifs qui commandent la préméditation d’un crime passionnel, même si dans tous ces cas on parle bien d’action.
S’il est un concept bien propre à caractériserl’essence de nos sociétés, c’est bien le concept d’action et les dérivés sémantiques qu’il autorise. Pour s’en persuader il suffit d’interroger le système de représentations qu’elles mobilisent pour se définir. Ainsi alors que d’un point de vue sociologique les sociétés d’Ancien régime définissaient leur population à travers des états comme la noblesse, le clergé ou le Tiers état auxquels on nedemandait pas de faire mais d’être, les sociétés modernes se pensent à travers l’opposition entre une population active et une population d’inactifs. Par là même elles ne veulent pas simplement signifier que le fondement des sociétés repose sur des hommes capables d’activité productive, autrement dit sur le travail comme capacité de transformation de leur environnement, elles veulent encore montrer quel’activité est l’essence de l’homme ou si on préfère que ce que l’on est ne nous est pas donné à la naissance, mais que c’est en agissant qu’on fait quelque chose de son être. Rien ne le montre mieux que le dialogue que Beaumarchais fait tenir à ses personnages dans Le Mariage de Figaro. Au comte Almaviva qui reproche à Figaro de n’être rien parce qu’il n’est pas noble, Figaro réplique qu’àl’inverse c’est le Comte qui n’est rien parce qu’il s’est seulement donné la peine de naître, mais qu’il n’est pas actif c’est à dire qu’il n’a rien fait de sa vie qui puisse justifier les privilèges qu’il estime lui revenir de droit. Dans l’esprit de Figaro, mais ce serait valable pour tout le Siècle des Lumières, il ne suffit pas d’exister pour être, c’est le faire qui nous fait être.
On comprend parlà que faire preuve d’activité soit un gage de légitimité sociale, mais plus encore l’activité est porteuse de valorisation morale. Etre actif c’est en effet signaler à autrui l’utilité de son existence, non pas vivre égoïstement par conséquent, mais mettre son être à la disposition de la collectivité dans le souci de contribuer à la prospérité générale comme le disait A.Smith. Pour luiinversement être inactif comme peuvent l’être les membres du clergé ou de l’aristocratie, c’est se dérober à ses obligations sociales, c’est vivre par conséquent dans le désœuvrement ou l’oisiveté toutes formes de vie également immorales et inutiles puisque non seulement on passe sa vie à ne rien faire mais qu’on vit encore en parasite de l’activité des autres. L’idée selon laquelle l’oisiveté est mèrede tous les vices n’est certes pas nouvelle, elle accompagne dès ses débuts la morale chrétienne, mais ce qui est nouveau c’est la façon par laquelle la modernité engage ce proverbe au service de l’utilité sociale en inculquant aux individus l’idée qu’une vie passée dans l’oisiveté doit se payer d’un fort sentiment de culpabilité non seulement au regard de l’image de soi mais encore de l’image quel’on donne à voir à autrui. Ce discrédit manifesté à l’égard des oisifs se retrouve dans l’image du feignant, qui n’est pas seulement celui qui économise ses efforts, mais aussi celui qui étymologiquement ne fait rien, c’est à dire dont la vie se réduit au néant et par là-même est perçu comme d’autant plus coupable qu’il n’a su ou voulu en faire quelque chose lorsque l’occasion lui en était...
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