L'alchimiste

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  • Publié le : 7 juin 2010
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Curieux roman que L’Alchimiste de Paulo Coelho. Je viens d’en terminer la lecture, la deuxième depuis un an. Une amie m’avait envoyé le livre, en version anglaise, pensant que je l’apprécierais. Je l’avais lu avec plaisir, mais sans me sentir concerné, un peu parce que c’était un cadeau et qu’il fallait que j’en dise du bien à cette amie. Mais aujourd’hui, un an après, je le lis autrement. Je lelis en pensant à mes étudiants pour qui le thème du voyage est en train de devenir une préoccupation et il me semble que je le lis avec leurs yeux, avec un enthousiasme que je n’avais pas l’an passé.
Curieux roman. Mais est-ce un roman? Ce serait bien plutôt une fable. Le roman n’enseigne rien, ne cherche pas (ou plus) à conclure, à laisser le lecteur sur la crête d’un savoir ou d’uneméditation. Le roman s’est développé au rythme du monde, dans la frénésie du réalisme qui l’oblige à refléter nos préoccupations. La fable connaît un tout autre rythme. Les événements de la fable disent une chose et en sous-entendent bien d’autres. Tout comme l’attaque d’un épervier par un autre sous-entendait l’attaque de l’oasis.
Curieux roman. Porte-t-il bien son titre? Je ne sais pas. Il me semble quele personnage de l’Alchimiste, bien qu’il joue un grand rôle, n’en apprend pas plus à Santiago que le marchand de cristaux ou que le vieux roi ou que l’Anglais ou que Fatima. Évidemment, c’est l’idée de transformation, de métamorphose que porte en lui le titre qui doit rester. La fable tout entière questionne la condition de l’homme qui l’oblige sans arrêt à changer, à avancer, à se métamorphoser,à poursuivre ses rêves et à devenir dans un environnement lui-même en devenir.
Si le voyage vers les pyramides est en même temps un voyage vers lui-même pour Santiago, c’est bien à cette condition-là. Rien ne demeure inchangé.
Mais ces métamorphoses reposent sur un paradoxe et peut-être même une contradiction que la fable ne cesse d’exposer et sur laquelle elle s’entortille comme autour d’unpivot. Tandis que le personnage est libre de son destin, libre de retourner chez lui ou de demeurer avec Fatima, il est également téléguidé par ce destin. « Mektoub! », tout est écrit. Ce fatalisme, cette prédestination me dérange profondément. J’y vois le contraire de la liberté, la réponse toute faite dont on peut parfois se satisfaire à défaut d’une autre, mais qui, dans la fable, devient unpeu la source de toute sagesse. « Mektoub! », tout est écrit : il n’y a plus qu’à lire l’histoire du monde et de sa vie. C’est bien simple, trop sans doute pour moi.
Dans l’Alchimiste, le monde se donne comme un réseau de signes auxquels il faut être à l’écoute. « Sois attentif aux signes. » lui avait conseillé le vieux roi. Et c’est bien ainsi que progresse le personnage. Mais quelle langueparlent les signes? Tout objet, toute rencontre, toute parole peuvent être porteurs de sens, car il est vrai que les capacités d’interprétation sont infinies en celui qui cherche à déchiffrer le monde. Toutefois, les possibilités de se tromper, de se livrer au délire interprétatif, de s’abandonner à une vision non critique, magique sont alors tout autant infinies.
[…] les brebis avaientenseigné une chose autrement importante : qu’il y avait dans le monde un langage qui était compris de tous et que lui-même avait employé pendant tout ce temps pour faire progresser la boutique. C’était le langage de l’enthousiasme, des choses que l’on fait avec amour, avec passion, en vue d’un résultat que l’on souhaite obtenir ou en quoi l’on croit.[i]

L’abandon de la lecture des livres par Santiagoest en ce sens assez révélateur. Si le jeune berger a l’habitude de lire, il y renonce alors qu’il voyage vers les pyramides. La lecture des livres est même perçue comme une activité idéaliste. L’Anglais n’est-il pas celui qui n’écoute pas le désert, le nez toujours plongé dans ses livres hermétiques? Et à quoi donc lui auront servi ses livres sinon à retarder le moment de l’action? C’est en...
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