L'altérité dans jane eyre

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  • Publié le : 29 novembre 2009
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La publication, en 1847, de Jane Eyre est remarquée par la critique notamment en raison de la place inédite, pour l’époque, que le roman laisse au personnage principal. En effet, on comprend, dès la couverture et les premières pages, que l’auteur, dissimulée sous le pseudonyme Currer Bell, a clairement voulu donner à son personnage éponyme une présence et une force peu commune et dont on trouvepeu d’antécédents dans la littérature contemporaine, même chez Jane Austen et son Emma, avec laquelle Jane (Eyre) est parfois comparée. C’est un truisme que de dire que le personnage de Jane est central au roman, d’autant que ce dernier est sous-titré « an autobiography ». A ce titre, le lecteur se retrouve directement confronté au personnage avec une narration à la première personne qui lui permetde suivre au plus près les épisodes marquants de la vie de l’héroïne depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Il l’accompagne ainsi tout au long de cette évolution dans son rapport au monde, à son environnement et aux autres.
Ces « autres », les autres personnages du roman qui gravitent autour de l’héroïne, sont finalement assez nombreux et très divers dans leurs « personnalités », leursstatuts, leurs rôles par rapport à l’héroïne à laquelle ils s’opposent ou apportent leur soutien. Les femmes sont plus nombreuses mais peut-être aussi moins « marquantes » à la première lecture ; certains ne font que de brèves apparitions dans le roman et n’en sont pas pour autant dénués de force narrative ou symbolique. Autrement dit, l’altérité dans Jane Eyre revêt des formes et des fonctionsmultiples. On rejoint là la définition à la fois simple et signifiante que donne Le Petit Robert de l’altérité comme le « caractère de ce qui est autre ». L’absence de déterminant devant « autre » est à ce titre révélateur de la dimension englobante du concept d’altérité comme quelque chose de défini et d’indéfini, au visage protéiforme et dont l’appréhension n’est peut être pas si aisée qu’elle peut leparaître de prime abord. Dans la tradition philosophique occidentale, l’autre est un autre soi en même temps qu’il est un autre que soi. Dès lors on voit que la frontière entre autre et même est tout à fait ténue et laisse le champ ouvert à une certaine interprétation. C’est dans cette tradition que s’inscrit cette étude du roman.
Repartant du constat initial simple (et volontairementsimpliste) que le roman est articulé autour du personnage éponyme, nous verrons tout d’abord comment et à travers quelles figures se met en place l’autre dans l’histoire et la narration afin de mieux appréhender la dialectique essentielle du différent et du semblable, de l’autre et du même. Cette dimension nous amènera à nous interroger sur la notion même d’autre, en général et plus particulièrement dansJane Eyre, comme réalité multiple. Ce dernier point de vue ouvrira la voie d’une interprétation moins narrative, plus textuelle, de l’altérité telle qu’elle est mise en œuvre par Charlotte Brontë dans le roman.

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L’autre tel qu’il est incarné par les différents personnages qui constituent le « petit monde » de Jane, correspond à « l’alter » latin dans lequel on retrouve, de mêmeque dans « l’otherness » anglais, une certaine dualité dont on a déjà parlé, celle de l’autre soi versus l’autre que soi. On aurait pu choisir d’analyser cette question en termes narratifs en distinguant d’emblée les personnages antagonistes, ou opposants pour reprendre une terminologie théâtrale, des adjuvants. Une approche orientée « gender » semblait ici plus pertinente compte tenu de la placeprépondérante occupée par la question de la femme et de la féminité dans le roman, même s’il faut garder à l’esprit la première distinction effectuée. Dans cette perspective, celle d’une héroïne centrale, l’autre le plus évident est naturellement à voir dans l’homme. Les personnages masculins sont peu nombreux dans le roman mais ils sont proportionnellement plus marquants quant à leur impact...