L'amant de marguerite duras, l'incipit.

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  • Publié le : 14 juin 2010
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PLAN :Introduction:

Situer le passage
Il s’agit de l’incipit du récit, qui s’ouvre sur l’anecdote d’une rencontre, entre un homme et la narratrice – préfigurant celle de la jeune fille et du Chinois –, et sur un autoportrait, ce qui esquisse les deux dominantes du récit : roman d’amour et autobiographie.
Dégager les axes de lecture
Prologue au récit de la liaison de la jeune fille blancheet de son amant chinois, qui donne son titre au livre, ce passage est introductif à deux titres : il introduit les deux dominantes du récit (le roman d’amour, l’écriture de soi) et permet la rencontre lecteur/auteur. Parce qu’il met en scène une image secrète, qu’il donne à voir le visage de l’écrivain et qu’il procède d’une écriture fragmentaire – en relation avec cette image et la restitution dessouvenirs –, le prologue met en évidence les enjeux du récit.
I)UNE SCÈNE DE RENCONTRE
Le récit s’ouvre sur une anecdote rapportée par la narratrice : sa rencontre avec un homme dans un lieu public. Dans un entretien, elle révèle qu’il s’agit du frère de Prévert rencontré dans le hall de la Maison de la radio, à Paris. Or, l’épisode n’a rien d’anecdotique, puisque cet homme lui donne unerévélation non seulement sur son visage mais aussi sur sa vie.
Une rencontre sous le signe de l’émerveillement
Les éléments propres à la rencontre amoureuse sont contenus en condensé dans cette anecdote. Un homme s’approche d’une femme, engage la conversation, et fait l’éloge de sa beauté : le cheminement du Chinois vers la jeune fille sera le même. La rencontre s’inscrit dans l’anecdote et le conte defées, ce que montre l’indicateur temporel «un jour» (l.1). L’anonymat de l’homme et du lieu (rendu par l’emploi de l’indéfini « un »), la simplicité des paroles de l’inconnu (soulignée par les nombreuses répétitions) signalent le caractère stéréotypé et quasi idyllique de la rencontre. Le merveilleux est suggéré (il est question d’une image « émerveillante » (l. 10), qui « enchante » (l. 11) lanarratrice). De tels termes suscitent la curiosité du lecteur, l’engagent à lire. Or, l’image est à proprement parler invisible, elle ne réside que dans le visage présent de l’énonciatrice. De fait, toute l’ambiguïté de l’incipit réside dans le démonstratif dans l’expression « cette image » (l. 8) : on peut aussi bien le lire comme l’annonce de l’image absolue, celle du bac (fonction cataphorique)que comme une reprise de cette scène de rencontre gravée sous forme d’image mentale (fonction anaphorique). Le récit s’annonce donc comme un jeu d’attente et de frustration, sur ce qui est donné à voir et ce qui est caché, voire sacralisé. Si cette rencontre préfigure celle de la jeune fille et du Chinois, qui donne lieu à l’image absolue, elle amène aussi à regarder autrement Marguerite Duraselle-même – déjà connue médiatiquement avant la parution de L’Amant.
Une scène de révélation
Le discours direct de l’homme rend compte de l’importance de la parole dans le récit : elle révèle la narratrice à elle-même, lui permet de lever le voile sur sa vie et d’entamer cette rétrospection et cette introspection propres au récit autobiographique. La parole fait advenir l’image « dont [elle] n’[a]jamais parlé » (l. 9). En exposant l’énigme de son visage et de sa vie, la narratrice s’adresse directement à son lecteur (pp. 11 et 94) avec qui elle conclut un pacte de lecture et s’engage à tout lui dire. La rencontre de l’écrivain avec l’inconnu, comme celle de l’auteur et du lecteur, se place sous le signe du paradoxe : le compliment de l’inconnu va à l’encontre des idées reçues (le lienbeauté/jeunesse). L’inconnu fait valoir l’originalité de son avis en s’opposant à « tout le monde » (l. 3). De même, l’écrivain dans la singularité de son visage s’oppose aux autres, ce que signalent les termes renvoyant à l’idée d’un groupe (l. 15, 26). La parole de l’inconnu énonce cette inversion des valeurs, développée dans l’autoportrait esquissé par l’écrivain et marquée dans le discours...
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