L'amour des chefs au temps du communisme

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  • Publié le : 6 mai 2011
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(article de Marc Fourny)

Les deux grands fondateurs du communisme soviétique, Lénine le bigame et Staline le maudit, ont mené une vie privée très éloignée de leur image publique.

Le premier n'a pas craint de pimenter sa vie conjugale à l'image de beaucoup de bourgeois du XIXe siècle. Le second a multiplié les liaisons et causé à chaque fois le malheur de ses maîtresses.

LENINE : lemariage à trois

Vladimir Oulianov se marie à la va-vite, en 1897, au fin fond de la Sibérie, sur les bords de la Léna, où l'a exilé le gouvernement tsariste. Il y gagne son pseudonyme, Lénine.

Sa future femme, Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa, surnommée Nadia, est une activiste communiste du même âge que lui.

Elle avale 8.000 kilomètres en train, plus trois jours de traîneau, pour retrouverson orateur préféré : les autorités l'ont laissé passer à la seule condition qu'elle épouse le déporté.

Celui-ci accepte le mariage et c'est là qu'ils vivront les jours les plus heureux de leur vie, même si Lénine est accaparé par l'idéal révolutionnaire. Elle le suit partout, à son retour à Moscou, en 1900, dans son exil en Suisse, où elle fonde Rabotnitsa (Femme ouvrière), un périodiqueféminin vite populaire qui connaîtra un succès énorme, à tel point qu'il est considéré aujourd'hui comme le Elle russophone.

Ils débarquent à Paris en 1908, où ils partagent un appartement de trois pièces rue Marie-Rose, près de la Porte d'Orléans, avec la mère de Lénine. Un bonheur petit-bourgeois, au cœur de la ville lumière.

Lénine s'encanaille si bien qu'il croise le destin de Inessa Armand,une jeune élégante de quatre ans sa cadette, militante russe, dont l'amant a été emporté par la tuberculose et qui s'est remariée depuis.

Malgré un coup de foudre réciproque, Lénine ne peut abandonner Nadia, son amour de Sibérie, atteinte qui plus est de la maladie de Basedow, aussi appelée «goître exophtalmique», une pathologie qui affecte la thyroïde et entraîne, entre autre, des troublescomportementaux.

C'est donc un ménage à trois qui débute, Inessa s'installant non loin de l'appartement de Lénine, avec ses deux enfants. Il n'est pas rare de voir le couple Oulianov venir dîner le soir chez Inessa... Les deux femmes, intelligentes et attachées au même homme, s'entendent plutôt bien : Inessa apporte au couple révolutionnaire les enfants qu'ils n'ont pu avoir, et les militantes serépartissent les tâches pour seconder leur héros. Car ces deux femmes aident Lénine à structurer sa doctrine dans sa longue marche vers le Kremlin - elles seront ses ministres plus tard.

L'amour libre, c'est bourgeois

En revanche, sur l'amour libre, Lénine a des idées bien arrêtées... Alors que sa maîtresse s'attelle en 1915 à l'écriture d'un pamphlet sur le sujet, il intervient vivement pourlui faire revoir sa copie : «Cela n'est pas vraiment un problème prolétarien mais une revendication bourgeoise» tranche-t-il.

Même doctrine plus tard quand ces camarades souhaitent intégrer dans le programme des revendications concernant la sexualité ou la vie conjugale : «Est-ce le moment de savoir comment l'on aime et comment l'on doit être aimé ? Toutes les pensées des camarades, des femmesdu peuple travailleur doivent être dirigées vers la Révolution prolétarienne.» Fin de la récréation.

Pour lui, en revanche, le triangle amoureux fonctionne au mieux, même en 1917, lors de son retour stratégique en Russie - elles seront avec lui et la trentaine de révolutionnaires dans le wagon plombé qui les ramène dans leur patrie. Après la Révolution d'octobre, Nadia est à la Pravda tandisqu'Inessa s'épuise à diriger le Soviet de Moscou.

À l'annonce de sa mort, en septembre 1920, Lénine est effondré : il est au premier rang des obsèques et l'enterre au Kremlin. Huit mois plus tard, il fait une attaque cérébrale qui le paralyse en partie. Nadia la fidèle est son chevet et fait face à Staline qui rôde comme un renard. Il a flairé l'odeur de la mort, et sait que Lénine ne...
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