L'amour des distinctions selon rousseau

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  • Publié le : 19 janvier 2010
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Introduction

Quelle est la passion la plus profondément ancrée dans l'âme humaine ? Pour Jean-Jacques Rousseau, c'est l'amour des distinctions, le désir de paraître, la volonté d'être remarqué, respecté et admiré. Or, même si l'on considère généralement l'intérêt, c'est-à-dire l'amour de l'argent, comme la passion dominante de l'homme, et même comme le pire de ses défauts, l'auteur vas'attacher à démontrer ici que c'est pour se permettre de briller en société que l'on poursuit avec acharnement la fortune. Ainsi, la richesse apparaîtra paradoxalement comme un moyen, et non plus comme une fin : on comprendra alors ce qui fonde réellement la pertinence de la maxime populaire selon laquelle l'argent ne fait pas le bonheur.

Développement

Comme nous le font remarquer les moralistes,on constate chez la plupart d'entre nous une tendance générale et naturelle à l'estime de soi : aveuglés par la subjectivité et poussés par un sentiment d'orgueil, nous jugeons bien souvent de ce que nous sommes de manière trop favorable ou trop partiale. Or, Rousseau nous invite dès les premières lignes de ce texte à tempérer ce jugement trop abrupt ou trop sévère : l'homme a souvent coutume de sedévaluer plus que de raison, c'est-à-dire de s'estimer « plus méprisable » qu'il ne l'est en réalité. Là réside la singularité, c'est-à-dire la particularité étrange de la condition humaine, relativement à l'image que l'individu se forge de lui-même : comme l'orgueil, le dégoût de soi est lui aussi susceptible de s'appuyer sur des motifs exagérés ou sur des raisons inexactes, car on peut seconvaincre de son indignité pour de mauvaises raisons, ou s'avouer à soi-même des défauts qui n'en sont pas réellement.
Quel est donc le reproche essentiel que l'homme adresse à l'homme ? Quel est le vice, quelle est l'indignité majeure dont chacun reconnaîtrait aisément qu'elle constitue, sinon la sienne propre, du moins le défaut moral principal de l'espèce humaine ? On croit généralement que c'estl'amour de l'argent ; on pense que c'est l'intérêt porté à la conquête et à la possession des choses matérielles qui cause la ruine morale de l'espèce humaine, puisque tout vice semble y trouver sa source et son explication : égoïsme, avarice, envie, rivalité, violence.
Or, en cela, les hommes se trompent, dit Rousseau. L'intérêt n'est pas ce défaut passionnel premier dont toute la misère del'homme dépendrait, puisqu'il existe une aufre passion, qui occupe une place à la fois plus importante et plus difficile à apercevoir dans le cœur humain : l'amour des distinctions, c'est-à-dire le désir d'être considéré par autrui, la volonté, de susciter l'admiration. Il s'agit bien ici d'une passion, d'une tendance naturelle, que l'homme ne se donne pas comme un but réfléchi à atteindre (et qu'ilpourrait ainsi maîtriser), mais d'un sentiment profond, durable et obscur, qui l'entraîne et le dirige, sans qu'il en soit obligatoirement conscient, comme un esclave obéit sans réfléchir à un maître supérieur.
Mais pourquoi l'amour des distinctions est-il, selon Rousseau, plus fort que l'amour de l'argent, ou de la prospérité en général ? Parce que — et cela est la thèse fondamentale du texte —cette seconde passion est-soumise à la première comme un moyen à sa fin, comme un instrument au service d'un but. Lorsque nous agissons, nous pouvons justifier nos actions en en indiquant la fin, et en montrant en quoi tel acte constitue un moyen d'arriver à telle fin. Les moyens apparaissent donc toujours soumis aux fins qu'ils servent. La fin, dit-on, justifie les moyens : cette' sentence, priseà tort pour l'aveu d'un cynisme moral absolu, ne fait qu'exprimer au pied de la lettre cette subordination logique : la fin fait seule comprendre la raison d'un moyen, elle en est la seule justification possible en même temps que la raison d'être.
Si donc la motivation la plus fondamentale de nos actions est cette volonté d'être admiré, cette dernière doit être comprise comme une fin : aucun...
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