L'apologie de socrate

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  • Publié le : 10 octobre 2010
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Un jour de l’an 399 avant Jésus-Christ, il fut jugé à Athènes pour impiété et corruption de la jeunesse. Il adressa certaines paroles au tribunal pour sa défense. Plus tard (personne ne sait combien de temps après), Platon écrivit l’œuvre que nous appelons Apologie de Socrate, dans laquelle Socrate adresse encore une fois certaines paroles au tribunal pour sa défense.

Personne ne croitsérieusement qu’il existe entre le premier discours et le second une relation de stricte identité. Il est très improbable que ce que Platon a écrit ait été exactement la même chose que ce que Socrate a dit, ne serait-ce que pour cette raison triviale, qu’un discours oral improvisé se présente très rarement comme une suite de phrases complètes et syntactiquement parfaites . Bien entendu, le discoursprononcé et le discours écrit peuvent avoir été partiellement la même chose. Platon a up conserver la substance de ce qu’avait dit Socrate et la représenter dans le style inimitable Qui est le sien. Et c’est bien ce que beaucoup d’érudits pensent que fait l’Apologie. Mais il est possible également que Platon, tout comme Xénophon et peut-être d’autres encore , ait conçu pour elle-même une plaidoirie deSocrate Qui n’ait eu que peu de chose, ou rien, en commun avec ce que Socrate avait déclaré ce jour-là.

La littérature savante sur ce sujet est un paradis de conjectures indémontrables. Je n’ai pas de conjecture nouvelle à vous proposer aujourd’hui. J’ai plutôt l’intention de proposer une autre façon de lire l’Apologie platonicienne. Au lieu de la considérer comme un problème pour l’historien,et de se demander quelle relation elle a avec ce que Socrate a réellement dit ce jour-là, ou si elle rend fidèlement compte de la vie et de la pensée de Socrate, il me semble qu’il serait plus approprié (et plus en accord avec tout ce que George Steiner a défendu pendant des années) de la lire comme une tâche personnelle 4. Je m’explique.

Si les paroles attribuées à Socrate dans l’apologieécrite ne sont pas les mêmes que celles qu’a prononcées Socrate le jour de son procès, alors le tribunal auquel s’adresse l’apologie écrite n’est pas nécessairement identique à l’assemblée de 500 (ou 501) Athéniens de sexe masculin auxquels s’adressait l’apologie orale. Platon, en écrivant l’Apologie sous la forme d’une plaidoirie de Socrate, Place le lecteur –quel qu’il soit– dans la situation d’unjuré. Lire l’Apologie, aujourd’hui comme dans l’Antiquité, c’est être mis au défi de prononcer un jugement sur Socrate.

Il est accusé d’être impie et de corrompre les jeunes gens. Est-il coupable ou non coupable ? Et s’il est coupable, quelle peine doit-on lui infliger ? Comment auriez-vous voté si vous aviez été membre du tribunal en 399 ? Comment, dans votre imagination, votez-vous aujourd’hui?

Tel est le défi que l’apologie écrite propose à son lecteur, du fait de la forme littéraire que Platon lui a donnée –la forme ordinaire d’un discours prononcé devant un tribunal. L’Apologie de Xénophon, au contraire, est une narration directe, une sorte de compte-rendu du procès comme ceux des journaux, notant sur le vif des fragments des moments les plus émouvants du discours de Socrate, etcomprenant des extraits d’entretiens avec diverses parties concernées. L’Apologie de Platon commence par la formule : « Hommes d’Athènes, utilisée normalement pour s’adresser à un tribunal ou à une Assemblée, et se poursuit jusqu’au bout dans la forme d’éloquence judiciaire que nous connaissons bien grâce aux discours de Lysias ou de Démosthène Qui nous ont été conservés. Ce n’est décidément pasun dialogue. De sorte que nous, lecteurs, nous ne sommes pas invités, comme c’est le cas dans les dialogues au sens propre du mot, à prendre part à une discussion philosophique au sujet de la vertu, de la science ou de la réalité. Nous sommes invités à prononcer un verdict à propos du cas Qui nous est soumis.

Bien. Commençons à lire. À la fin du premier paragraphe (18a), Socrate dit que la...
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