L'art en philosophie

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  • Publié le : 7 mars 2010
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Les enjeux de la notion – une première définition


Lorsque nous nous posons la question de savoir ce qu’est l’art, la définition que l’on propose est souvent « négative » dans le sens où cette définition est produite par démarcation avec la nature d’une part, avec la technique d’autre part. Il est ainsi possible d’affirmer que tandis que la nature suit des lois purementmécaniques, se plie à un déterminisme physique, l’art quant à lui suppose l’intervention d’un agir qui est libre qui réalise dans l’œuvre une fin qui préexiste à cette œuvre. On peut reprendre ici la distinction que Marx faisait entre l’architecte et l’abeille, le premier agissant selon un plan ou une idée tandis que la seconde, quelle que soit la complexité de son activité, agit mécaniquement. Mais, sansmême évoquer le fait que certaines productions de la nature nous semblent animées d’une finalité (ex : les organismes animaux et végétaux, les cristaux), l’exemple précédent dévoile la proximité de l’art et de la technique comme en témoigne la traduction en latin du mot grec technê (la technique) par ars. Cependant, ce que vise la technique c’est l’utilité de son produit dans les activités humaines.Or, de ce point de vue, c’est une condition de l’œuvre d’art qu’elle soit « inutile » ou plus exactement désintéressée. On ne peut même pas dire que le plaisir esthétique (le « c’est beau ») soit un sentiment agréable (« utilité » pour le corps, les sens). Enfin, ce « plaisir » se distingue du sentiment d’un accomplissement du « bon », au sens d’un devoir moral. On comprend que l’ensemble de cesoppositions « négatives » de l’art à la nature, à la technique et même, du moins parfois, à la morale, dévoile ce qu’il y a de spécifique, de proprement « positif » dans l’activité artistique. Cependant, la question « à quoi reconnaît-on une œuvre d’art » reste ouverte. Est-ce le jugement esthétique du spectateur ou du critique qui doit fournir le critère de l’œuvre d’art ? Ne serait-ce pas aucontraire la nature, le caractère de l’artiste, son génie qui en serait la mesure, l’art devant être jugé du point de vue de la création et non de la réception ? Ou n’est-ce pas l’œuvre elle-même qui se dévoile en tant que telle, se détachant du monde des choses et des outils ? Enfin, qu’en est-il de la relation de l’art aux idées, et par conséquent à la philosophie ?

La condamnation del’art


« L’imitation est donc loin du vrai, et si elle façonne tous les objets, c’est, semble-t-il, parce qu’elle ne touche qu’à une petite partie de chacun, laquelle n’est d’ailleurs qu’une ombre. Le peintre, dirons-nous par exemple, nous représentera un cordonnier, un charpentier ou tout autre artisan sans avoir aucune connaissance de leur métier ; et cependant, s’il est bon peintre, ayantreprésenté un charpentier et le montrant de loin, il trompera les enfants et les hommes privés de raison, parce qu’il aura donné à sa peinture l’apparence d’un charpentier véritable. » Platon, La République



La dernière question qui s’offrait à nous dans notre introduction fut la première que souleva la philosophie de l’art, avec Platon. Il est cependant difficile de parler d’une «philosophie de l’art » en tant que c’est à une condamnation extrêmement sévère que se livre le philosophe athénien qui, dans La République, la citée idéale, bannit le poète de la cité. Avant de chercher à comprendre le sens de cette exclusion, de ce « refoulement », il faut rappeler que le mot art tel que nous l’utilisons aujourd’hui (au sens des « beaux-arts ») n’existe pas chez Platon : peinture,poésie et musique ne forment qu’une partie de la technê.



Platon va définir l’art comme mimêsis, imitation. Prenons un exemple : lorsque je vois une chose singulière, par exemple un cheval, et que je dis « c’est un cheval », ce que je reconnais c’est l’être, l’essence, la forme ou encore l’Idée de cette chose. L’idée, c’est ce qui dans la chose est permanent, non soumis au devenir,...
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