L'art est-il imitation?

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  • Publié le : 24 avril 2010
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L’ Art est-il imitation ? (Platon/ Aristote)

Chez Platon, le domaine de la mimésis est celui du simulacre, icône ou idole, qui se substitue, de façon bénéfique ou maléfique, à l’absence du vrai. Penser les “mimémata”, c’est toujours, pour Platon, réfléchir l’effet, de signification ou de fascination, qu’ils produisent sur l’esprit.
Le domaine de ce qu’Aristote nomme à son tour la mimésis estinfiniment plus vaste. Il ne comprend pas seulement les effets sémantiques ou esthétiques suscités par la ressemblance, il se rapporte plus encore à l’univers en sa totalité, c’est-à-dire à l’ensemble des êtres qui, par le mouvement qui les anime, tendent vers une fin. Platon pensait la mimésis à la façon des anciens sophistes et rhéteurs, qui s’efforçaient de comprendre et de classer lesimpressions que leurs discours produisaient sur les âmes des auditeurs. C’est ainsi que dans le Phèdre, Socrate déclare qu’il existe autant de types de discours persuasifs qu’il y a d’espèces d’âmes (271 d sq). A chaque caractère correspond alors un mode particulier du discours. La rhétorique se fonde sur la connaissance des passions de l’âme, et la psychagogie est en définitive une psychologie. Al’inverse, chez Aristote, la mimésis est de l’ordre de l’action plutôt que de la passion, elle est une puissance qui produit des œuvres effectives, “poiêtique” donc, et non seulement une apparence séduisante qui peut aussi bien n’être qu’un faux semblant.
Il faut dire davantage : non seulement la mimésis est de l’ordre de l’action plutôt que de la contemplation, mais encore toute action, en tant qu’elletend vers une fin, tout mouvement, en tant qu’une cause finale le motive, est mimétique en son essence. Qu’est-ce donc en effet que tendre vers une fin, sinon s’efforcer de rejoindre un modèle auquel on désire s’identifier, imiter, le plus qu’il est possible, une forme d’existence plus parfaite dont notre existence présente souffre la privation (stérêsis)? L’imitation est en ce sens, pourAristote, le principe de l’univers matériel en sa totalité, le principe qui fait se mouvoir toute existence qui souffre d’être privée de la perfection. Seul le Premier Principe, ou Moteur immobile, est étranger au travail de l’imitation. Jouissant de l’autarcie divine, il coïncide parfaitement avec lui-même et, n’imitant rien, il demeure toujours égal à lui-même. Premier dans l’ordre de la sagesse commedu savoir, il est le pôle impassible vers lequel tend toute existence matérielle. Dans l’ordre du savoir, le Premier Principe est « pensée de la pensée » (Mét L, 9, 1074 b 34), et jouit éternellement de la plénitude de la conscience de soi. Si « tous les hommes désirent par nature savoir (eidenai oregontai phusei)» (première phrase de Mét), c’est parce qu’ils tentent d’imiter, autant qu’il estpossible, la parfaite circularité du savoir absolu, la quiétude de la pensée parvenue à son achèvement. Dans l’ordre de la sagesse, le Premier Principe est autarcie et suffisance, et demeure toujours égal à lui-même, dans un état de béatitude éternelle (Mét L, 7) ; aussi tous les vivants imitent, autant qu’il est possible, cet état de parfaite quiétude, tous tendent vers ce Souverain Bien (to agaqonariston) que l’Éthique s’efforce de connaître (Nic I, 1). C’est ainsi que “le dieu, o theos” est le modèle que tout ce qui n’est pas lui s’efforce de rejoindre, et d’imiter.
L’art est le propre de l’homme. La nature imite d’elle-même, par le principe de mouvement qui anime tous les êtres naturels, et fait qu’ils tendent eux-mêmes vers leur fin. L’homme imite par une action libre, et l’artiste estseul responsable de son œuvre. C’est pourquoi le principe de mouvement est interne aux œuvres de la nature, mais il est externe aux œuvres de l’art, car il n’appartient pas à l’œuvre elle-même, mais au choix du “poète” qui lui a donné naissance. « L’art (humain) imite la nature, ê tekhnê mimeitai tên phusin » (Phys, 194 a 21) : comprendre que l’œuvre de l’homme supplée aux défaillances de la...
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