L'assommoir

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  • Publié le : 23 novembre 2011
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Commentaire composé
Passage étudié: Plantée devant l'Assommoir, Gervaise songeait. Si elle avait eu deux sous, elle serait entrée boire la goutte. Peut-être qu'une goutte lui aurait coupé la faim. Ah ! Elle en avait bu des gouttes ! Ca lui semblait bien bon tout de même. Et, de loin, elle contemplait la machine à soûler, en sentant que son malheur venait de là, et en faisant le rêve de s'acheveravec de l'eau-de-vie, le jour où elle aurait de quoi. Mais un frisson lui passa dans les cheveux, elle vit que la nuit était noire. Allons, la bonne heure arrivait. C'était l'instant d'avoir du cœur et de se montrer gentille, si elle ne voulait pas crever au milieu de l'allégresse générale. D'autant plus que de voir les autres bâfrer ne lui remplissait pas précisément le ventre. Elle ralentitencore le pas, regarda autour d'elle. Sous les arbres, traînait une ombre plus épaisse. Il passait peu de monde, des gens pressés, traversant vivement le boulevard. Et, sur ce large trottoir sombre et désert, où venaient mourir les gaietés des chaussées voisines, des femmes, debout, attendaient. Elles restaient de longs moments immobiles, patientes, raidies comme les petits platanes maigres ; puis,lentement, elles se mouvaient, traînaient leurs savates sur le sol glacé, faisaient dix pas et s'arrêtaient de nouveau, collées à la terre. Il y en avait une, au tronc énorme, avec des jambes et des bras d'insecte, débordante et roulante, dans une guenille de soie noire, coiffée d'un foulard jaune ; il y en avait une autre, grande, sèche, en cheveux, qui avait un tablier de bonne ; et d'autresencore, des vieilles replâtrées, des jeunes très sales, si sales, si minables, qu'un chiffonnier ne les aurait pas ramassées.
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Dans la seconde moitié du XIXème siècle, le courant Naturaliste se développe, avec notamment les romans d'Emile Zola. Le Naturalisme[->0] est un mouvement littéraire qui prolonge leréalisme et qui s'attache à peindre la réalité[->1] en s'appuyant sur un travail de documentation minutieuse et en s'inspirant des sciences expérimentales[->2].
Dans ce passage de l'Assommoir, septième roman d'Emile Zola de la fresque des Rougon-Macquart paru en 1877, Zola met en scène une protagoniste, Gervaise, qui est aussi l'héroïne misérable au destin tragique du roman.
L'examen de cetextrait de texte tiré du roman « l’assommoir » portera d'abord sur l'écriture naturaliste puis sur le pathétique du passage.

Zola, tout au long de cet extrait de l’Assommoir, nous livre une scène avec un point de vue omniscient et nous révèle les pensées intimes de Gervaise. D’une écriture extérieure et insensible, l’écrivain ne donne pas son point de vue et reste impassible. Dépourvu d’émotionsdevant le déroulé de cette scène Zola nous dévoile la descente aux enfers d’une femme prostituée et dépendante à l’alcool. Cependant, on devine la tourmente de cette femme, tiraillée entre pulsion de vie et pulsion de mort. Zola dérange en mettant en scène deux sujets tabous de l’époque que sont l’alcoolisme et la prostitution. Ces deux déviances sont toujours des sujets sensibles à notre époque. Nousobservons un champ lexical corporel avec « cheveux » « cœur » « ventre » « jambes » et « bras » venant s’opposer à la noirceur morbide présente dans le texte. En effet, ces quelques membres traduisent encore une infime étincelle de pulsion de vie chez ces femmes. A contrario, la pulsion de mort est omniprésente. Un champ lexical inanimé tels que « immobiles, raidies, glacé » cherche à étouffer lepeu de souffle de vie présent dans le texte. Zola nous plante ici la caricature d’un décor d’agonie. Une palette de couleurs sombres, nous livre un univers glauque dans une atmosphère emplie de noirceur ou l’on sent la présence de la faucheuse de la mort. Les personnages sont décris sous deux modes : l’immobilité de l’arbre pour les personnages déjà morts ou la lenteur dans les déplacements...
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