L'assommoir

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  • Publié le : 12 mai 2013
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Dans cet extrait du chapitre 2 de L'Assommoir, roman naturaliste de Emile Zola, Gervaise a été abandonnée avec ses deux enfants par Lantier. Coupeau, un honnête ouvrier qui loge dans le même hôtel est sincèrement amoureux d’elle et tente de la séduire. Ils échangent donc des propos sur leurs histoires et projets respectifs au sein de l’Assommoir, bar où se confrontent déjà leurs désirs et lafatalité qui pèse sur eux. Moment programmatique du roman, cet épisode traduit le projet de Zola dans l’exposition de la fatalité du sort ouvrier. Mais déjà, il réussit à ne pas faire de ses personnages, la simple illustration mécanique de ses théories et à leur donner vie et humanité.
I - La fatalité 1- La fatalité narrative
Le dessein de Zola est claire. L’épisode est construit en boucle. Gervaiseexpose ses désirs qui courront tout au long du roman et en structureront l’action. Elle les reprend à la fin, mais entre les deux, l’alambic de l’Assommoir exhibe son ombre menaçante et remet très clairement en cause la réalisation du bonheur de Gervaise. Si le lecteur comprend déjà ce qui va se passer, Gervaise, elle ne fait que le pressentir à travers un frisson de froid, ou d’effroi.Inconsciemment elle confronte déjà les deux éléments en disant " ça vaudrait bien mieux : travailler [...] " Le lecteur est ici soumis à un sentiment d’ironie tragique, le sort de Gervaise est désormais celui du personnage tragique qui va se battre contre la force surpuissante de la fatalité.
2- La fatalité humaine
Chez Zola, plus que chez beaucoup de romanciers, les personnages sont avant tout soumis àl’action, ils en sont la matière. Cependant, la fatalité qui va toucher Gervaise lui est également interne. Déjà, Gervaise est soumise à l’hérédité. Juste avant cet extrait, elle raconte que sa mère buvait autrefois de l’anisette. Coupeau raconte lui que son père était mort en tombant d’un toit parce qu’il avait bu. L’accident comme l’alcoolisme sont également pour lui héréditairement suggérés.Mais les personnages participent également à leur histoire. Comme Eve, Gervaise commet le péché de curiosité. Elle a la curiosité d’aller voir l’alambic alors qu’ils s’apprêtaient à sortir du lieu éponyme du roman. Cette faiblesse face à la tentation caractérisera Gervaise tout au long du roman, comme contrepoids de sa volonté et de son courage. Déjà ici, la psychologie du personnage justifie lesbalancements de son destin.

II - L’alambic 1- Une machine menaçante
L’alambic est une machine. Coupeau en explique le fonctionnement, désignant à Gervaise " les différentes pièces de l’appareil ". Mais déjà, cette machine porte le danger. Placée derrière " une barrière de chêne " qui en formule l’interdit, elle est en " cuivre rouge ". Zola la qualifie de " machine à soûler ".
2- L’ouvrier etla machine
Surtout, cette machine est humanisée. Elle " gardait une mine sombre ", avait " un souffle intérieur, un ronflement souterrain " et travaillait " comme un travailleur morne, puissant et muet ".
La machine se rapproche ainsi de l’homme et l’homme court le risque de devenir machine à boire. Mes-Bottes avec son " rire de poulie mal graissée " porte sur cette machine des " yeuxattendris ", rit de son " gros bedon de cuivre ". L’alcoolisme fond l’ouvrier et l’alambic ensemble, Mes-Bottes aimerait ne faire qu’un avec cette machine. L’alcool semble à travers lui, prêt à submerger le monde ouvrier, qui deviendrait une machine dont la " sueur d’alcool " irait inonder " le trou immense de Paris ". Le projet de Zola de dénoncer les ravages de l‘alcoolisme dans la classe ouvrière se faitici très clair.
La marche rampante de ce mal est d’ailleurs symbolisée métonymiquement par cette machine, qui est comme " une source lente, entêtée ", qui sans un bruit agit " comme une besogne de nuit faite en plein jour ". Tout évoque le mal d’autant plus dangereux qu’il est souterrain. Zola la souligne ici à coup d’images et d’hyperboles, qui ajoutent à son dessein réaliste la force d’un...