L'autonomie en question

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  • Publié le : 22 décembre 2009
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AVANT PROPOS

La question de l’autonomie de l’individu est une question complexe, complexe car l’un et l’autre des termes sont des notions multidimensionnelles traversant plusieurs champs de connaissances.
En effet, si la notion d’individu relève pour nous essentiellement du champs sociologique, nous ne pouvons néanmoins pas ignorer ses dimensions psychologiques; si l’individuque nous sommes nous amène à adopter un certain mode de pensée, à l’inverse nos perceptions, nos conceptions, nos réflexions et émotions peuvent entraîner une modification de l’individu que nous sommes en nous amenant à adopter ou à renoncer à certains rôles sociaux. Nous pourrions même parler de dimensions biologiques, d’une part parce que notre mode d’être est dépendant de l’organisme que noussommes (qu’en serait-il de notre individualité si nous avions l’odorat d’un chien, ou la capacité protéiforme du poulpe ?), d’autre part parce que nous pourrions voir l’individu autonome, en reprenant le raisonnement d’Henri Laborit dans « Dieu ne joue pas au dé », comme un jalon de la complexification du vivant en général dans sa lutte contre l’entropie et de l’homme en particulier commeadaptation au (à son) monde.
Ce caractère multidimensionnel de notre individualité, c’est également ce qu’Edgar Morin expose dans « le paradigme perdu : la nature humaine » lorsqu’il considère l’apparition des premières sépultures chez l’homme de Neandertal (qui n’est même pas notre ancêtre direct, juste un stade ultérieur et malchanceux de la famille des hominidés) comme signe de développement del’individualité consciente. Edgar Morin dit ceci : « il faut qu’il y ait une forte présence personnelle pour que l’individualité d’un mort survive auprès des vivants, il faut qu’il y ait d’intenses liens affectifs et intersubjectifs pour que ceux-ci demeurent vivants au-delà de la mort ; il faut qu’il y ait développement de ce nouvel épicentre qui est la conscience de soi dans le monde pour qu’ily ait conscience de la brèche mortelle, confluence entre l’affirmation objective de la mort et l’affirmation subjective de l’amortalité individuelle.[….] C’est un nouveau développement de l’individualité et l’ouverture d’une brèche anthropologique . La mort néanderthalienne [….] constitue une formidable révélation qui porte une lueur unique sur la différence entre sapiens et ses prédécesseurs, etune lumière permanente sur la nature de l’homme, dans le sens où le nœud extraordinaire de significations que nous avons dégagé est lié au développement ultime du cerveau de l’hominien et à la constitution même du cerveau de sapiens. » [1] Pour Edgar Morin, les trois dimensions sociales, psychologiques, biologiques, sont présentes dès l’origine de l’individualité.
Quant à la notiond’autonomie, qui désigne la faculté d’agir par soi-même en se donnant ses propres lois, elle possède autant une dimension intérieure, psychologique qu’une dimension extérieure, sociale, déterminée qu’elle est par sa relation à l’hétéronomie (qui désigne les lois imposées de l’extérieur). Il est même possible d’y ajouter une dimension biologique pouvant être comprise soit comme participant à l’autonomie ou,au contraire la limitant, en fonction de la conception adoptée à propos de ce qui constitue l’humanité, séparée radicalement, ou dans la continuité, de l’évolution des espèces.
« La notion d’autonomie humaine est complexe » nous dit Edgar Morin « puisqu’elle dépend de conditions culturelles et sociales. Pour être nous-mêmes il nous faut apprendre un langage, une culture, un savoir, et ilfaut que cette culture elle-même soit assez variée pour que nous puissions nous même faire le choix dans le stock des idées existantes et réfléchir de façon autonome. Donc cette autonomie se nourrit de dépendance ; nous dépendons de l’éducation, d’un langage, d’une culture, d’une société, nous dépendons bien entendu d’un cerveau, lui-même produit d’un programme génétique, et nous dépendons...
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