L'avenir du liberalisme

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1187 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 29 janvier 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
L'avenir du libéralisme
Pour nombre de commentateurs, les milliers de milliards de dollars et d'euros mis sur la table par les Etats et les banques centrales pour sauver le système financier mondial, les nationalisations partielles ou totales de banques, les appels à un "nouveau Bretton Woods" et les plans de relance budgétaire tous azimuts ont signé l'arrêt de mort du libéralisme économique.C'est peut-être aller un peu vite en besogne. Oui, une bataille diplomatico-économique est engagée depuis la fin 2008 entre les Etats, ainsi qu'entre ces derniers et les financiers privés, autour de la régulation de la finance. Mais rien ne permet encore d'en connaître l'issue. Au-delà des discours politiques de circonstance, on ne pourra juger de la reprise en main ou non de la finance que dansplusieurs mois, une fois le contenu des éventuelles nouvelles réglementations connues. Il faudra ensuite observer la façon concrète dont ce contenu sera mis en oeuvre. On saura alors si la crise financière démarrée en août 2007 aura fait comprendre aux Etats l'ampleur des menaces que fait peser une finance non régulée sur la bonne marche de leurs économies. Et ce n'est qu'à ce moment-là que l'onpourra apprécier le rôle qu'auront joué les dérapages récents de la finance dans la crise du libéralisme économique.
Car crise du libéralisme il y a bien. Et pour être à même de saisir l'enjeu de ce qui se joue dans la finance en ce moment et qui se jouera dans les mois à venir, il faut remettre en perspective les déboires d'une idéologie - au sens de représentation du monde - hier largementdominante et mal-en-point depuis quelques années (1).
La crise des subprimes, notamment dans sa phase d'hystérie boursière et de gel des marchés de capitaux entre la mi-septembre et la mi-octobre 2008, n'est que le dernier exemple soulignant à l'extrême les errements de la finance pourtant censée représenter le cas d'école d'une déréglementation réussie. Cette crise a apporté in vivo la démonstrationqu'une concurrence accrue dans la finance se transformait en prises de risques excessives et opaques. Et que les établissements financiers privés aussi bien que les régulateurs publics étaient dépassés par un monde devenu incompréhensible à tous, une zone de non-gouvernance (ungovernance), comme l'avait diagnostiqué il y a dix ans déjà la chercheuse britannique Susan Strange.
Mais lareprésentation du monde véhiculée par le libéralisme économique était déjà devenue moins crédible avant la crise financière. Car elle avait perdu deux de ses soutiens importants. Le premier est celui des institutions économiques internationales, qui portaient sa bonne parole. On trouve aujourd'hui dans les travaux de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) de quoi contester les effetsdélétères de l'ouverture commerciale et financière. Idem dans les déclarations d'Angel Gurria, le patron de l'OCDE, sur les déboires de la finance, et dans un rapport de l'institution de fin 2008 indiquant qu'une partie de la montée des inégalités est liée aux évolutions du monde du travail, condamnant aujourd'hui les effets d'une politique de flexibilité réclamée hier. Il ne reste guère plus aujourd'huique Pascal Lamy, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), pour psalmodier le mantra libéral.
Le deuxième soutien perdu du libéralisme est celui de la théorie économique dominante, qui lui servait de justification. Quand les économistes en pointe dans les débats se nomment Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, on peut piocher dans leurs travaux théoriques de quoi justifier uneintervention accrue de l'Etat au nom de l'efficacité économique, comme on pouvait réclamer hier plus de place pour les marchés.
Il faut enfin souligner combien les Etats n'ont pas attendu la crise financière de 2007-2008 pour modifier la nature de leurs interventions dans l'économie dans un sens moins favorable à la liberté des marchés et à la concurrence sans frein. Au Sud, avec la...
tracking img