L'eglise de gréville - millet

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  • Publié le : 20 mars 2011
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Jean-François Millet, L’Église de Gréville (1872-1874)
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L’influence de la photographie, ou Les prémices de l’Impressionnisme
Église de Gréville – Jean-François Millet – 1872-1874 – Huile sur toile – 60 X 73 cm – Musée d’Orsay
L’Église de Gréville, œuvre de Jean-François Millet, artiste peintre du XIXème siècle spécialisé dans la représentationde scènes champêtres et paysannes, connu pour être l’un des précurseurs et fondateurs du Réalisme et de l’école de Barbizon, est notable de par son influence sur le futur mouvement impressionniste. Suggéré par l’apparition de la photographie quelques années auparavant, le Réalisme, entre Romantisme et Impressionnisme, marquera un véritable tournant dans l’histoire de l’Art de par ses nouvellestechniques picturales, laissant émerger un nouveau regard sur le monde, bien loin de toutes les conventions de la peinture académique de l’époque. L’Église de Gréville, réalisée de 1872 à 1874, au lendemain de la guerre franco-allemande de 70 et à un moment où Millet réside à l’auberge Polidor d’où il a une vue sur l’église, est alors bien représentative de ce tournant fondamental dansl’interprétation et la traduction du réel.
A première vue un simple paysage, montrant une église de campagne entourée d’un petit muret de pierre et abritant quelques tombes. Un paysan (sans doute un berger si l’on considère les moutons quelques mètres plus loin) passe devant, fourche par dessus l’épaule. Au fond, deux ou trois habitats, sans plus, évoquant la commune de Gréville…
Mais si ce tableau, de par labanalité de la scène qu’on pourrait aisément retrouver dans toutes les communes de France peut paraître aujourd’hui tout à fait commun et anodin, il n’en était rien à l’époque : le paysage, genre dédaigné voire fortement méprisé en cette fin de XIXème siècle va peu à peu prendre son essor, et ce en s’inspirant de la photographie avec des tableaux tels que Le Prieuré de Vauville ou encore Le Rocherdu Castel (lui aussi à Gréville). Ce renouveau complet est dû en grande partie à l’école de Barbizon, mouvance artistique allant vers le paysage pour lui-même et composée d’artistes mineurs vivant près de la forêt de Fontainebleau, qui fait de la sorte office de moteur dans cette recherche artistique. En effet, on constate que Millet travaille ici sur des fonds très clairs, appliquant des touchesde peinture plus ou moins apparentes (on est alors bien loin de la représentation appliquée de Delacroix ou même Friedrich, ses prédécesseurs Romantiques), ce qui met ainsi l’accent sur la lumière et ses reflets, imitant avec brio la photographie. Ici, le tableau découpé horizontalement en 3 masses principales, la terre, l’Église et le ciel (l’Église symbolise alors l’entre-deux, la scission entreterre et ciel), et de format plutôt réduit est composé de plusieurs plages de couleurs, assez contrastées et parsemées d’éclats blancs, on note même un certain « grain » sur toute la surface de la toile. On a de cette façon toute une gamme de tons verts et bruns sur la partie inférieure de l’œuvre, tandis que la supérieure, consacrée au ciel, consiste en un dégradé de bleu et un fondu habile pourles nuages, pour arriver enfin jusqu’à un éclatement total de lumière tout autour du clocher. De plus, la vue panoramique et l’échelle scrupuleusement respectées s’accordent en tout point au procédé photographique.
Ainsi, ce tableau évoque à lui seul l’esprit Impressionniste en éclosion, et se trouve comme véritable copie de la technique photographique, allant même au-delà. On y retrouve uneréelle harmonie avec la nature, harmonie qui se joue principalement sur les jeux de lumières, mais aussi par l’expression du geste, qui tendra à se vouloir de plus en plus vif avec le temps. Le fait que Millet ait alors choisit l’église de Gréville comme sujet de représentation pour exprimer cette union directe et réelle avec le paysage champêtre - la Nature - n’est certainement pas innocent :...