L'enfer de l'usine

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 4 (876 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 27 octobre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Chick passa la poterne de contrôle et donna sa carte à pointer à la
machine. Comme d'habitude, il trébucha sur le seuil de la porte
métallique du passage d'accès aux ateliers et une bouffée devapeur et
de fumée noire le frappa violemment à la face. Les bruits
commençaient à lui parvenir : sourd vrombissement des
turboalternateurs généraux, chuintement des ponts roulants sur les
poutrellesentrecroisées, vacarme des vents violents, de l'atmosphère
se ruant sur les tôles de la toiture. Le passage était très sombre,
éclairé tous les six mètres, par une ampoule rougeâtre, dont la lumièreruisselait paresseusement sur les objets lisses, s'accrochant, pour les
contourner, aux rugosités des parois et du sol. Sous ses pieds, la tôle
bosselée était chaude, crevée par endroits, et l'onapercevait, par les
trous, la gueule rouge et sombre des fours de pierre tout en bas. Les
fluides passaient en ronflant dans de gros tuyaux peints en gris et
rouge, au-dessus de sa tête, et, àchaque pulsation du coeur mécanique
que les chauffeurs mettaient sous pression, la charpente s'infléchissait
légèrement vers l'avant avec un faible retard et une vibration profonde.
Des gouttes seformaient sur la paroi, se détachant parfois lors d'une
pulsation plus forte, et, quand une de ces gouttes lui tombait sur le
cou, Chick frissonnait. C'était une eau terne et qui sentait l'ozone. Lepassage tournait tout au bout, et le sol, maintenant, à claire-voie,
dominait les ateliers.
En bas, devant chaque machine trapue, un homme se débattait,
luttant pour ne pas être déchiqueté par lesengrenages avides. Au pied
droit de chacune, un lourd anneau de fer était fixé. On ne l'ouvrait que
deux fois par jour : au milieu de la journée et le soir. Ils disputaient
aux machines les piècesmétalliques qui sortaient en cliquetant des
étroits orifices ménagés sur le dessus. Les pièces retombaient presque
immédiatement, si on ne les recueillait pas à temps, dans la gueule,
grouillante...
tracking img