L'enfer c'est les autres. sartre

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  • Publié le : 7 avril 2011
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L’enfer, c’est les autres (Sartre)

Tout d’abord, parce qu’inconnu et foncièrement différent, nous savons que l’autre est parfois source de peur et de méfiance, pouvant même mener, dans certains cas, au rejet et à l’exclusion, ainsi qu’en témoigne ce passage d’un texte intitulé « Communauté », extrait de La muraille de Chine, de Franz Kafka : « Depuis, nous vivons ensemble, ce seraitune vie paisible, si un sixième ne venait s’y mêler constamment. Il ne nous fait aucun mal, il nous importune et c’est assez. Pourquoi s’imposer de la sorte où l’on ne veut pas de vous? Nous ne le connaissons pas et n’en voulons pas parmi nous. » Kafka, lorsqu’il décrit la réaction de cinq amis trop soudés qui refusent catégoriquement l’arrivée d’un sixième, nous montre un cas flagrant d’exclusionsociale. Ainsi, ce sixième arrivant, bien qu’inoffensif et même plein de bonne volonté, n’arrive pas à briser le cercle fermé des cinq autres. Il devient même totalement indésirable, tout simplement parce qu’il est différent. Le groupe d’amis lui reproche qu’il ne leur ressemble pas tout à fait et qu’il n’obéit pas exactement aux mêmes règles qu’eux. Par sa tendance à se méfier des êtres qui luisont inconnus et (à rejeter sans vrai motif) ceux qui sont lui différents, l’autre peut donc, en effet, représenter un enfer.

Qui plus est, l’autre, toujours du fait de sa différence, nous installe également dans une relation malsaine de hiérarchie, de pouvoir et de domination. D’ailleurs, il est facile de trouver de nombreux exemples de ce phénomène, récurrent, à travers l’histoire :comme l’écrivent l’Abbé Raynal et Diderot : «  Vous êtes presque parvenus à les persuader (les autres font allusion aux africains) qu’ils étaient une espèce singulière, née pour l’abjection et la dépendance, pour le travail et le châtiment. » Dans Histoire de deux Indes, où deux personnages polémiquent violemment sur le thème de l’esclavage, nous constatons ici que pour beaucoup d’Européens duXVIIIème siècle, les Africains étaient des personnages grotesques et étranges, qui leur étaient inférieurs, à peine des Hommes, et cela uniquement parce que ces deux peuples se trouvaient trop différents l’un de l’autre, tant d’un point de vue de la couleur de peau, des traditions, que celui de la langue. A cause de cette incompréhension profonde entre ces deux civilisations les Européens se sont crusautorisés à établir leur hégémonie sur les tribus d’Afrique, à les opprimer et à les réduire en esclavage, comme des animaux qui ne méritent aucune compassion : L’autre oblige parfois quiconque est plus faible que lui à se soumettre, à obéir à ses ordres, à se plier à ses désirs, ce qui explique que sa présence soit vécue comme un calvaire par certaines personnes.

Enfin, nous constatonsde plus en plus que l’autre, parce qu’il nous oblige sans cesse à lui ressembler et à nous conformer à lui en permanence, finit par entraver notre liberté et nous empêche de rester nous même. En effet, le généticien Jean Dausset l’a souligné lors de sa réflexion sur l’altérité dans son livre La crainte de la différence puisque « les adolescents, affirme-t-il, sont les premiers à suivre lesmodes. »Cela signifie tout simplement que la loi du groupe est cruelle et qu’elle asservit bon nombre d’adolescents. Ainsi, à cause de leur façon de parler, de s’habiller, de vivre, à cause de leur mépris, de leur cruauté envers ceux qui ne leur ressemble pas, beaucoup de jeunes renoncent finalement à montrer ce qu’ils sont vraiment au fond d’eux; ils ne peuvent pas exprimer leur originalité. Ils sontcondamnés, la loi du conformisme oblige, à devenir peu à peu esclave des tendances et des modes, et donc esclaves des goûts des autres. Ils ne sont plus eux-mêmes mais se transforment en clones, privés de liberté de choisir. Ce phénomène s’amplifie en une spirale infernale qui est pour certains jeunes, la cause d’une souffrance secrète. Les autres, parce qu’ils nous forcent à imiter leurs goûts,...
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