L'environemment comme facteur de crise une analyse regulationniste

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  • Publié le : 5 juin 2011
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Article Hétérodoxie
Maël Rolland, Sandrine Rousseau

Partie Introductive. Un défaut d'analyse : l'environnement oublié
L'objet de cet article est d'effectuer une analyse rétrospective des déterminants environnementaux de la crise du fordisme et de la crise actuelle. Poser la question en ces termes revient de fait à se positionner par rapport au corpus régulationniste, à son analyse dufordisme et de son entrée en crise. C'est en effet la théorie de la régulation qui le plus a cherché à comprendre les ressorts de cette entrée en crise et à en identifier les facteurs endogènes. Mais la lecture des travaux régulationnistes laisse, au lecteur intéressé par les questions environnementales, une impression de grande absence. La théorie de la régulation s'est en effet fondée sur l'hypothèseque ces facteurs ne relevaient justement pas du choc pétrolier mais qu'ils étaient à chercher du côté du rapport salarial, de la perte des gains de productivité, des conditions techniques de la production, de l'ouverture internationale et du changement de régime monétaire. Le choc pétrolier a d'emblée été considéré comme un changement d'ordre politique sans lien avec l'organisation de laproduction. La théorie de la régulation née dans les années soixante-dix a donc montré qu'un choc exogène au système capitaliste ne pouvait pas le faire entrer en crise si d'autres ressorts structurels n'étaient pas eux aussi en mutation.

Les faiblesses...
L'analyse et les conditions de survenue des crises a d'emblée une place particulière au sein des écrits régulationnistes. Mais lorsque R. Boyerévoque la possibilité de survenue de crises « externes », il le fait de la manière suivante : « En ce premier sens, on définit comme crise un épisode au cours duquel la poursuite de la reproduction économique d’une entité géographique donnée se trouve bloquée du fait soit de pénuries liées à des catastrophes naturelles ou climatiques, soit d’effondrements économiques qui trouvent leur origine sur unespace extérieur, en particulier international ». Il conclut en précisant que ces facteurs externes de crise sont « en quelques sortes venus d’ailleurs ! » (1986). Par cette phrase, il met de côté une des questions les plus sensibles relatives aux ressources naturelles: celle de la raréfaction qu'il renvoie à un ailleurs, sans liens immédiats et forts avec les éléments structurels du systèmeéconomique. Une première interprétation de cette mise à l'écart tient dans l'analyse du régime d'accumulation fordiste qui fonde le corpus régulationniste. Le fordisme est la période durant laquelle le rapport à l'environnement revêt une forme particulière. Les Trente Glorieuses sont en effet marquées par le paradigme des vertus sans limite du progrès technique et dans une substituabilité possible entrecapital technique et naturel (apogée des cités « marchande » et « industrielle »). La consommation et la production de masse trouvent leurs origines dans un progrès technique important et particulièrement fondé sur l’utilisation de matériaux nouveaux (plastique, pesticides, etc), sources de gains de productivité importants et alimentant les marchés de biens nouveaux. Ainsi, ce régime d'accumulationest fondé sur « un paradigme sociotechnique [particulier,] dans lequel la régulation production-consommation de masse repose sur certaine technique de base recourant à une organisation particulière du travail (Boyer, Durand, 1998, p. 68). La séparation de l’homme d’avec son environnement naturel atteint une sorte de paroxysme (Callon, Lascoumes; Barthe, 2009; Latour, 2004). L’évolution et ladémocratisation des modes de transports, la généralisation de l’usage du pétrole notamment, entretiennent l’illusion d’une émancipation des contraintes naturelles.

La mise à l'écart des problématiques environnementales durant le fordisme n'explique cependant pas pourquoi le rapport à l'environnement en tant que compromis institutionnalisé fondateur du régime capitaliste n'ait jamais été mis en...
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