L'esclavage

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  • Publié le : 24 décembre 2010
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Prise de vue
Quatre millénaires nous séparent des premières traces écrites que nous ayons de l'existence de l'esclavage : une tablette sumérienne intitulée Le Péché du jardinier, déposée au musée des Antiquités orientales d'Istanbul. Depuis l'apparition des civilisations rurales jusqu'au xviiie siècle en Europe, jusqu'au xixe siècle dans la plupart des autres continents, l'esclavage a constituéla forme la plus répandue de l'organisation du travail, la base de la structure de l'économie. Pour alimenter les marchés d'hommes, les négociants ont dû organiser de très vastes migrations, qui ont atteint leur paroxysme dans le bassin méditerranéen durant l'Antiquité, puis sur les rives de l'Atlantique après la découverte du Nouveau Monde et la création des plantations coloniales. C'est dansce sens que Werner Sombart a pu dire : « Nous sommes devenus riches parce que des races entières sont mortes pour nous : c'est pour nous que des continents ont été dépeuplés. »
Jonathan Swift a dénoncé, au début du xviiie siècle, le caractère absurde de la servitude en caricaturant les classes possédantes, représentées par des êtres difformes, des animaux domestiques, de doctes professeurs, voiredes technocrates. À cette époque, en effet, une crise morale commençait à secouer les sociétés esclavagistes chrétiennes que troublaient la coexistence du droit au génocide et du devoir d'évangéliser, la nécessité de mettre en valeur les richesses des colonies, mais, en même temps, de préparer le royaume de Dieu.
Est-ce le langage ou est-ce la couleur de la peau qui dessine la vraie frontièreentre l'homme et l'animal ? ou Dieu a-t-il créé le nègre simultanément avec les oiseaux ou les reptiles, ou le sixième jour en même temps que l'homme ? Telles furent les questions auxquelles s'efforcèrent de répondre, à la fin du xviiie et au début du xixe siècle, des hommes, de plus en plus nombreux, qu'inquiétait le manque de précision de la Genèse, à une époque où les hommes de science sepréoccupaient d'inventorier et de classer les êtres vivants. Le souvenir de ces querelles est bien oublié aujourd'hui. De plus, celui de l'institution qui les a suscitées s'est, lui aussi, perdu. En dépit de l'importance économique de l'esclavage, de la gravité des problèmes philosophiques et moraux qu'il posa, on ne peut manquer, en effet, d'être frappé par le petit nombre de faits historiques àrelater.
Les dates de quelques révoltes malheureuses, le souvenir de la guerre de Sécession, le texte de résolutions internationales, voilà tout ce qui nous est parvenu du travail de ces hommes envers qui l'Occident est redevable, malgré tout, d'une grande partie de sa puissance économique et de son niveau de vie actuels.
I - Analyse de l'institution
De l'anthropophagie à l'esclavage « doux »L'esclavage  [pic] a fait son apparition au cours d'une phase déjà évoluée de l'économie. À partir d'un certain moment, l'homme n'a plus tué son ennemi ou son débiteur. Il ne l'a plus éliminé en tant que consommateur concurrent. Au lieu de l'utiliser sous la forme la plus directe, l'anthropophagie, il a projeté de le transformer en travailleur auxiliaire dont le niveau de vie réduit lui permettaitd'améliorer le sien. Il convient de ne pas perdre de vue qu'un tel calcul est très rare dans les sociétés animales (fourmis) et que certaines sociétés humaines dites « primitives », isolées par les forêts tropicales ou les océans, en Amazonie, en Afrique centrale, en Insulinde ou en Océanie n'ont même jamais dépassé le stade de l'anthropophagie. La première fonction sociale de l'esclavage, que l'ondésigne par les qualificatifs « doux » ou « ancien », fut donc de préserver le prisonnier et de lui permettre de travailler pour le profit d'un maître, sinon charitable, au moins conscient de son intérêt à long terme. C'est ce « besoin réciproque que le pauvre a du riche et que le riche a du pauvre » qui, selon le mot de Fustel de Coulanges, « fit les serviteurs ».
|[pic] |Esclavage...
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